| Histoire, Mission et Spiritualité |
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Le frère André : un homme de chez nous
Il s’appelait Alfred Bessette. Il vint au monde le 9 août 1845 et dès le lendemain, il était si frêle que ses parents l’ont eux-mêmes ondoyé.
Sa famille est pauvre et, quatre ans plus tard, elle s’installe à Farnham où le père peut mieux exercer son métier de bûcheron. Mais son métier le perd : il est tué par la chute d’un arbre. Alfred n’a que neuf ans. Sa mère se retrouve seule, à quarante ans, avec dix enfants : trois ans plus tard, la tuberculose l’emporte. «J’ai rarement prié pour ma mère, mais je l’ai souvent priés», dira plus tard le frère André.
La famille est dispersée. Alfred a douze ans et il doit faire face à la vie pour se trouver un travail et apprendre un métier. Commencent alors pour lui treize années de vie errante, sans bagage et sans grand espoir, lui qui est à peine capable de signer son nom et de lire un livre de prière.
L'ouvrier
Petit ouvrier non spécialisé, perpétuel apprenti, exposé à l’exploitation des plus forts, ses forces grêles s’essaient constamment à un éventail de métiers. On le voit manœuvre dans les chantiers de construction, garçon de ferme, ferblantier, forgeron, boulanger, cordonnier, cocher. Puis, suivant le mouvement d’immigration des Canadiens-français de l’époque, il ira aux États-Unis travailler quatre ans dans les filatures. Il met tout son cœur à l’ouvrage : « En dépit de ma faiblesse, dit-il, je ne me laissais pas dépasser par les autres dans le travail…» Il revient au Canada en 1867, en même temps que des milliers d’autres canadiens.
En 1870, Alfred se présente au noviciat de la Congrégation de Sainte-Croix, à Montréal. Son état de santé fait douter ses supérieurs de sa vocation. Finalement, il est accepté et s’appellera désormais André. Il est nommé portier au Collège Notre-Dame. « Quand je suis entré en communauté, racontait-il, mes supérieurs m’ont mis à la porte et j’y suis resté quarante ans sans partir…» À cette tâche, il en ajoutera d’autres : laver les planchers, nettoyer les lampes, rentrer le bois de chauffage, servir de commissionnaire. |
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Frère André voeux perpétuels (Henri Larin, 1874) |
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Le frère accueillant
Bientôt, le frère commence à recevoir des malades et des cœurs souffrants qu’il incite à prier saint Joseph. Rapidement, apparaissent plusieurs témoins de faveurs obtenues. Durant vingt-cinq ans, il reçoit des gens de six à huit heures par jour, dans son petit bureau ou dans la petite gare de tramways en face du collège. Il construit la première chapelle avec l’aide d’amis et des sous qu.il fait en coupant les cheveux des enfants su collège. Il était certain que saint Joseph voulait se faire une place dans la montagne.
De plus en plus, on parle de guérisons que les médecins ne peuvent expliquer. Le frère André se met à visiter des malades un peu partout, jusqu’au États-Unis, où il s’était fait des amis. On lui fait la réputation de thaumaturge. Mais il répète : « Moi, je ne suis rien… un outil entre les mains de la Providence, un pauvre instrument de saint Joseph…» Il va même plus loin en affirmant : « Le monde est-il bête de penser que le frère André fait des miracles! C’est le bon Dieu et saint Joseph qui peuvent vous guérir, pas moi ! Je prierai saint Joseph pour vous.» Il prie et les guérisons se multiplient.
De prime abord, avec les étrangers, il exprimait une certaine froideur, qui faisait contraste avec son air enjoué, taquin même, qu’il avait avec ses amis. « Il ne faut pas être triste, il fait bon de rire un peu », dit-il parfois entre deux petites histoires. Surtout avec les pauvres et les malheureux, le frère André est gai et tente toujours de communiquer sa joie. Parfois, c’est pour glisser discrètement une petite leçon ou pour détourner une conversation qui risque de devenir blessante pour quelqu’un d’autre.
C’était un homme déterminé, intransigeant sur les principes, Et pourtant, une douce bonté et une finesse légèrement malicieuse se lisaient dans ses yeux. On connaissait sa grande sensibilité : parfois, on le voyait pleurer avec les malades ou se laisser émouvoir jusqu’aux larmes en écoutant les confidences de ses visiteurs.
Si le frère André a tellement été aimé et accepté par les siens, par les gens de son milieu, «c’est qu’il était comme eux ».
L’homme d’une grande œuvre
Durant toutes ces années, une œuvre immense est en train de se réaliser. Des foules de plus en plus grandes se pressent à l’Oratoire. La première petite chapelle est érigée en 1904. Mais elle devient rapidement insuffisante pour recevoir tous ceux qui s’y rendent. On l’agrandit en 1908 et encore en 1910. Et c’est toujours trop peu : il faut une plus grande église en l’honneur de saint Joseph.
En 1917, on inaugure la crypte capable de recevoir mille personnes. Mais cette crypte n’est que la base d’un projet encore plus grandiose. Toute sa vie, le frère André s’emploiera avec ses amis à construire un oratoire qui deviendra le plus grand sanctuaire au monde dédié à saint Joseph.
Pourtant, jamais il ne parle de «son œuvre ». Au contraire. Quand les foules viennent à l’Oratoire pour des grandes célébrations, il s’efface, se cache presque, derrière le chœur pour prier en solitaire.
En 1931, alors que s’érige la basilique, la crise économique force l’arrêt des travaux. En 1936, les autorités de Sainte-Croix convoquent une réunion spéciale pour décider s’il faut poursuivre le projet ou l’abandonner, d’autant plus que la neige et le gel menacent d’endommager la structure même de l’édifice en chantier qui est sans toit. Le provincial convoque le frère André pour le consulter. Le vieux frère dit alors à l’assemblée réunie : « Ce n’est pas mon œuvre, c’est l’œuvre de saint Joseph. Mettez donc une de ses statues au milieu de l’édifice. S’il veut se couvrir, il y veillera…». Deux mois plus tard, la communauté a en main l’argent nécessaire à la reprise des travaux.
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Frère André devant la crypte |
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L’homme au grand cœur
Le frère André met un soin extrême à accueillir les gens qui se pressent autour de lui. Il passe de longues heures au bureau où des milliers de gens viennent le voir. Et le soir, ce sont les visites à domicile ou dans les hôpitaux en compagnie d’un ami bienveillant.
L’un d’eux confiera un jour : « Naturellement, le frère André avait bon cœur, mais je crois que c’est plutôt l’amour du bon Dieu qui le portait à s’occuper des malades, des pauvres et des malheureux ». En fait, il met tellement de naturel et de bonne humeur dans ces sorties quotidiennes, que certains le considèrent comme « un vieux courailleux » qui aime se promener dans la voiture d’un ami! Mais le frère André réplique un jour : « Il y en a qui pensent que c’est par plaisir que je visite les malades. Après une journée de travail, c’est loin d’être un plaisir…».
Dans sa bonté, il ne perd pas sa lucidité : « C’est étonnant, dit-il, on me demande souvent des guérisons, mais bien rarement l’humilité et l’esprit de foi. C’est pourtant si important…». Ou encore : « Si l’âme est malade, il faut commencer par soigner l’âme. » Ou bien : « Avez-vous la foi?...» … « Croyez-vous que le bon Dieu peut faire quelque chose pour vous? » « Allez vous confesser au prêtre, allez communier, vous reviendrez me voir ensuite. ».
Le frère André comprenait le sens et la valeur de la souffrance. Il a dit à ce sujet des mots d’une grande profondeur Par exemple : « Les gens qui souffrent ont quelque chose à offrir au bon Dieu. Et quand ils réussissent à s’endurer, c’est un miracle de chaque jour! ».
Il dit à quelqu’un qui souffrait : « Ne cherchez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt la grâce de bien les supporter… ». |
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L’homme de Dieu
On raconte encore des gens qui disent avoir reçu du frère André le don de guérir. Et pourtant, le frère André a toujours fermement nié avoir quelque don naturel de guérisseur : « Je n’ai pas le don et je ne peux pas en donner » répétait-il. Lui, il suggérait de faire une neuvaine à saint Joseph, de se frictionner avec de l’huile ou une médaille du saint, voyant là « autant d’actes d’amour et de foi, de confiance et d’humilité ».
De façon générale, il encourageait les gens à voir le médecin pour se faire soigner. Aux médecins, il disait : « Votre travail est beau. Votre science, c’est le bon Dieu qui vous l’a donnée. Il faut le remercier et le prier. ».
Dieu est amour et il nous aime : voilà le cœur de la foi chrétienne. Le frère André savait si bien parler de l’amour de Dieu qu’il en faisait germer l’espérance dans le cœur de ceux qu’il rencontrait. Un de ses amis rapporte : « Je n’ai jamais amené un malade au frère André sans qu’il revient enrichi. Quelques uns furent guéris; d’autres moururent quelque temps après, mais le frère André les avait réconfortés… ». |
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Frère André portant une valise |
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Le chemin du ciel
Le ciel c’est vivre dans la maison du Père : « Vous savez, c’est permis de désirer la mort dans le but unique d’aller vers Dieu » … « Quand je serai mort, je vais être rendu au ciel, je vais être bien plus près du bon Dieu que je ne le suis actuellement, j’aurai plus de pouvoir pour vous aider ».
Quelques instants avant sa mort, il exprimera sa douleur : « Que je souffre, mon Dieu, mon Dieu ». Puis, à voix très basse, faiblement : « Voici le grain de blé ne meurt, il reste seul : s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » (Jn 12.24)
« Il a passé sa vie à parler des autres au bon Dieu et du bon Dieu aux autres.» Ce témoignage d’un ami nous donne la juste mesure de ce que fut sa vie imprégnée de foi et d’amour. On peut difficilement dire où, dans sa vie, commence le travail et où cesse la prière, tellement l’un et l’autre semblaient s’entremêler dans une même coulée. Il meurt le 6 janvier 1937, en sa quatre-vingt-douzième année. Les journaux ont défilé devant sa tombe et assisté à ses funérailles. Son corps repose aujourd’hui dans un simple tombeau à l’intérieur du magnifique sanctuaire qui s’élève maintenant sur le Mont-Royal.
Le frère André, un homme de chez-nous, enraciné dans notre sol, a été un éveilleur et un entraîneur. Pour nous, il est encore un vivant symbole du renouvellement chrétien auquel nous sommes tous conviés. Ce qu’avec la grâce de Dieu, le frère André a pu vivre, nous pouvons le vivre, nous aussi, avec la même grâce de Dieu.
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ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE DU FRÈRE ANDRÉ
9 août
FÊTE LITURGIQUE DU FRÈRE ANDRÉ
6 janvier
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Procession aux flambeaux 9 août 2006
Crédit: Nathalie Dumas |
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Le bienheureux frère André
Photo: Les archives de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal |
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| L'inspiration de frère André |
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L’anniversaire de naissance de frère André
Le 9 août 2008
Homélie prononcée par le chanoine Réjean Racine,
curé des paroisses de Saint-Césaire et de Saint-Paul-d’Abbottsford,
diocèse de Saint-Hyacinthe lors de la célébration de 20 h dans la basilique
L’inspiration de frère André*
Il y a 163 ans aujourd’hui naissait dans la famille Bessette de Mont-Saint-Grégoire en Montérégie un enfant qui recevra le nom d’Alfred. Orphelin dès l’âge de 12 ans, de faible constitution, la vie le dépouillera peu à peu et l’amènera à remettre librement sa vie entre les mains de Dieu. Il deviendra ainsi une inspiration pour ses compatriotes et pour ceux qui le succéderont.
Dans l’Évangile de ce 9 août, nous avons l’impression que Jésus nous parle de cet enfant : « Père, je proclame ta louange. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits. » Après avoir loué le Père il continue : « Venez à moi vous tous qui peinez… » La vie de Jésus en est une de prière, de louange au Père pour être en mesure d’être solidaire de ceux qui ont besoin. De fait, la vie de Jésus, sa prière et sa parole ont trouvé leur application chez le frère André, un homme de prière, un homme de service.
Cet homme simple, de santé fragile, sans instruction, qui savait à peine signer son nom, réussit à percer le secret du coeur de Dieu, il sait lui parler comme nous parlons à un intime. Il se laisse guider jusqu’à la sainteté. Il a été de ces petits que l’on dit ouvert au mystère de Dieu. Petit de taille, il a toujours assumé des tâches de second ordre. Lorsqu’il est projeté à l’avant-scène avec le projet de l’érection de l’Oratoire, il garde la simplicité et l’humilité de celui qui obéit à l’appel de la grâce pour bâtir l’oeuvre d’un autre. Quand on veut lui accorder les mérites de ses prodiges le frère André, comme le faisait Jésus, a le souci de remettre les pendules à l’heure : il place Dieu en premier, ensuite saint-Joseph, lui n’est qu’un serviteur priant.
« Je vous envoie un saint »
Parlant de prière, le psaume de la messe nous présente bien ce qu’est la prière du frère André : « Bénis le Seigneur ô mon âme, bénis son nom très saint tout mon être, n’oublie aucun de ses bienfaits. » à l’exemple de Jésus, une prière de louange. Dès sa tendre enfance, il fait de Jésus son maître à prier. Lorsque le curé de Saint-Césaire, l’abbé André Provençal, le présente à la communauté des Frères Sainte-Croix, il le recommande comme un homme sans instruction mais un homme de prière : « Je vous envoie un saint » écrivait-il dans sa lettre de recommandation.
En priant comme le Christ, le frère André apprend à agir comme Lui. Devant les personnes en détresse qui demandent son aide, il bénit d’abord le Père. Résultat, il retourne les malades guéris, rassure les gens inquiets, illumine le regard des désespérés. Pour le frère André prier ne consiste pas à demander mais à louer, adorer, contempler Dieu dans ses merveilles. Il se défend bien de faire des miracles : dans sa foi, il ne fait que les constater. C’est dans la prière, c’est au contact de Dieu qu’il apprend à écouter, comprendre et aider ceux qui viennent à lui. À son sujet, le père Robert Choquette (religieux de Sainte-Croix) écrivait : « Le frère André n’avait pas de formation psychologique mais avait la science du coeur et de l’Esprit ». Ou encore : « c’est le Christ qui vit en moi », le frère André s’est laissé guider par cet Esprit de sagesse. Dans sa première lecture, saint Pierre recommande : « Ayez entre vous une charité intense, soyez de bons gérants de la grâce de Dieu », on a l’impression que le frère André a fait sienne ces paroles.
Aujourd’hui, jour anniversaire de la naissance du bienheureux frère André, nous venons remercier le Seigneur. D’abord pour avoir donné à notre région un homme exemplaire puis d’avoir donné au monde entier cet authentique témoin de son amour et de sa présence auprès des malades, des affligés et des déçus de la vie.
Nous rencontrons en lui, une oreille attentive, un protecteur
Le frère André est bienheureux mais proche de nous! Comment la vie du frère André nous rejoint-elle aujourd’hui, 71 ans après sa mort? Pourquoi chaque année deux (2) millions de personnes, des gens de partout et de toute allégeance religieuse, se déplacent et viennent prier à l’Oratoire? C’est peut-être que le frère André est un homme libre : libéré de lui-même pour aimer et servir sans contrainte, il a tout donné, il ne s’est rien réservé : ni temps, ni biens; il a renoncé à tout pour suivre Jésus. Cette liberté attire et transcende la foi catholique. Il est bon de côtoyer quelqu’un qui est disponible à l’Esprit, qui donne et ne demande rien en retour. Nous avons tous besoin de rencontrer des personnes qui comme lui vivent d’une foi profonde, d’une confiance sans borne en la Providence. La foi ne se donne pas, ne s’explique pas, elle se vit et se témoigne. Nous rencontrons en lui, une oreille attentive, un protecteur, quelqu’un qui sait parler à Dieu et un intercesseur qui prend à coeur nos peines et nos souffrances. Qui que nous soyons, prêtres, religieux, laïcs, catholiques ou non, nous avons besoin de côtoyer et de fréquenter des gens gratuits qui nous inspirent et prennent notre défense. C’est ce que nous offrent le frère André et saint Joseph.
Le frère André a connu la misère, l’insécurité, la fragilité de la vie, la solitude, l’énormité des défis, pourtant il a gardé une foi inébranlable, une espérance à toute épreuve qui trouvent leurs secrets dans une soumission totale à la volonté du Père. Encore aujourd’hui, il sait écouter et intercéder pour ceux qui s’adressent à lui.
Puissions-nous entrer en communion avec le Christ pour rejoindre le Père et goûter avec le frère André les joies d’une vie de foi, d’espérance et d’amour. Amen.
* Le titre et les sous-titres sont de la rédaction du site internet de l’Oratoire Saint-Joseph.
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