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(Ex 12, 1-8. 11-14 ; Ps 115 (116 B) ; 1 Cor 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15)
1.- Le contexte de la Pâque de Jésus
Lors du repas pascal juif commémorant le sacrifice rituel d’une libération historique, Jésus a introduit et célébré sa pâque éternelle. Et saint Jean le souligne en ces termes : « C’était avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »
2.- Lavement des pieds et eucharistie ?
S’avançant résolument vers sa « bienheureuse Passion, son heure », Jésus voulait vivre ses derniers instants, comme sa vie entière, sous le signe de l’amour des siens. Et, saint Jean est le seul à rapporter qu’« au cours du repas, … il se lève de table et se met à laver les pieds des disciples. » Que doit-on comprendre aujourd’hui de ce repas durant lequel le service prend le dessus sur l’autorité ?
3.- La tradition pascale dans l’A.T. : rituel du sacrifice et le mémorial
D’abord ce repas s’inscrit dans une très longue tradition. Le chapitre 12 du livre de l’Exode contient les textes fondamentaux sur la Pâque. Et l’extrait de la première lecture rapporte avec précision le rituel du sacrifice. La victime devait être sans tare, égorgée au coucher du soleil et mangée avec des pains sans levain. Et le sang de la victime répandu sur les maisons serait un signe de protection pour les fils d’Israël. « Ce jour-là sera pour vous un mémorial… dit le texte. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge, vous la fêterez » conclut-il.
4.- L’universalisme du mémorial de salut en Jésus
Ce sacrifice rituel devait être célébré en famille et était le privilège de la communauté d’Israël. Pourtant Jésus, l’Agneau immaculé, a intégré cette tradition et en a fait par son immense amour le privilège de tous, le signe éternel du pardon de Dieu pour tous, le privilège du nouveau peuple de Dieu en marche, le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle en son corps livré et en son sang versé.
5.- La tradition pascale dans le N.T. : l’anamnèse de Paul
Dans la deuxième lecture, l’Apôtre Paul a rappelé aux chrétiens de Corinthe ce qu’il a « reçu de la tradition qui vient du Seigneur ». Ainsi donc, ayant rappelé ce qu’avait fait Jésus à son dernier repas, « La nuit même où il fut livré » c’est-à-dire aujourd’hui, - comme il est dit dans la Prière Eucharistique III - avec la mention spécifique : « Faites cela en mémoire de moi », saint Paul précise le sens et la finalité en ce qui suit : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »
6.- Le geste de l’abaissement de Jésus
Ce repas de la Cène du Seigneur ne cesse de nous surprendre. Celui devant qui « tout genou fléchit aux cieux, sur la terre et dans l’abîme…, lui qui est de condition divine, il s’est dépouillé, prenant la condition d’esclave… » (Philippiens 2, 6-11). Ce que l’évangéliste Jean nous confirme par le geste symbolique et prophétique de Jésus dans le lavement des pieds.
7.- L’incompréhension de Pierre
Devant cet abaissement du Seigneur, Pierre était réticent : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Il s’était donc arrêté à l’aspect extérieur du geste de Jésus : laver les pieds. Pourtant Jésus veut nous amener, comme Pierre, - non à un rite de purification -, mais à en pénétrer la signification spirituelle. Il s’agit là de pureté intérieure.
8.- L’explication de Jésus : hériter le Royaume
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » dit Jésus dans le Sermon sur la Montagne (Mt 5, 8). Pierre n’avait pas compris. C’est pourquoi Jésus lui a dit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. » Donc, en tout premier lieu, Jésus nous lave les pieds, il s’abaisse devant nous et nous purifie par son sang versé pour que nous ayons pleinement part avec lui dans le Royaume. Et, comme par le baptême nous sommes devenus enfants de Dieu, et donc « héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. » (Romains 8, 17)
9.- La mort rédemptrice de Jésus et la liberté humaine
Face à Pierre qui, après avoir saisi la portée du geste de Jésus, voulait se faire laver et les mains et la tête, Jésus révélait davantage : « Vous-mêmes, vous êtes purs … mais non pas tous. » En effet, Jésus parlait ainsi, parce qu’« il savait qui allait le livrer » dit saint Jean. Autrement dit, la mort de Jésus dont le lavement des pieds est le symbole, suffit à la purification totale, à la Rédemption du genre humain, gardant sauve la liberté individuelle.
10.- Le cas de Judas face au salut de Dieu en Jésus Christ
Judas était parmi ceux auxquels Jésus avait lavé les pieds. Mais cela ne l’empêcha pas de trahir son Maître. Ainsi donc, par son mystère pascal célébré dans l’Église, dans tous les sacrements et le service généreux du prochain, Jésus nous offre la grâce du salut. Il nous ouvre le ciel mais il revient à chacun(e) d’y adhérer librement.
11.- Le geste de Jésus : un exemple moral
Une deuxième signification de ce geste de Jésus dans le lavement des pieds de ses amis est d’ordre moral. L’exemple d’humilité donné par Jésus doit être reproduit dans notre vie de disciples. Nous devons nous rappeler constamment que nous sommes"dans le monde" mais nous ne sommes"pas du monde" (Jean 17, 15-16). Ainsi, ne devrions-nous pas agir à contre-courant de la mentalité habituelle du monde et opposer à la dignité de l’autorité le service des autres ?
12.- La racine latine des mots : "ministre et ministère" et leur usage dans l’Église
D’ailleurs, il est bon de se rappeler brièvement la racine latine des mots : ministre et ministère. Dérivé de minus : inférieur, le ministre (de minister) qui signifie serviteur ; et le ministère (de ministerium) signifiant littéralement : « la fonction de serviteur ». Couramment utilisés dans l’Église, ces mots sont attribués aux pasteurs de l’Église et aux laïcs institués pour le ministère de la Parole, de la communion ou autres. À ce titre, le Successeur de Pierre s’identifie comme étant le Serviteur des serviteurs de Dieu.
13.- La recommandation de Jésus-serviteur
C’est pourquoi, Jésus a dit à ses disciples : « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Matthieu 20, 26-28)
14.- Implication : l’esprit de service dans les assemblées liturgiques
Donc, dans notre assemblée liturgique, depuis le ministre qui préside jusqu’aux servants de l’autel, aux organistes, aux chantres, aux animateurs (trices), aux lecteurs (trices), aux sacristains (tines), au service d’ordre etc…, sans cet esprit de servir comme Jésus, notre action liturgique n’est que vanité, « une djob » et finalement un contre-témoignage.
15.- Le message de Jésus à ses disciples : « … que vous fassiez comme j’ai fait pour vous.»
En cela, le geste du lavement des pieds de Jésus ne cesse de nous dévoiler ses secrets. « Plus tard, tu comprendras. » dit Jésus à Pierre. Ce service d’esclave qu’il vient de rendre aux siens préfigure sa mort pour le salut de tous, le mystère de sa vie livrée jusqu’au bout, par son immense amour. S’adressant à nouveau aux disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? … Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, leur disait-il, comme j’ai fait pour vous ».
16.- Le message de Jésus à tous : perpétuer les valeurs de son grand amour
Ce message de Jésus sur le sens plénier de l’amour jusqu’au don de soi-même est adressé aux ministres de l’Évangile, aux autorités de l’Église comme aux simples fidèles. Il est donné aussi aux personnalités politiques qui recherchent le pouvoir comme aux simples citoyens. Dans ce « comme j’ai fait pour vous », Jésus ne nous demande pas seulement de mimer ou d’imiter ce qu’il vient de faire ; il veut aussi que son geste fonde le service du chrétien dans le but de transmettre et de perpétuer les valeurs de son grand amour.
17.-Adresse et souhaits
17.1.-Chers confrères dans le sacerdoce,
« Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple » nous fait chanter le Psaume 115.
En ce jour où nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, pour notre ministère diversifié et assumé au nom du Christ Jésus, et par notre présence pour célébrer dignement la Pâque du Seigneur, aujourd’hui comme toujours, je vous souhaite Bonne fête !
17.2.-Chers fidèles laïcs,
Priez pour l’Église et vos pasteurs. Priez pour nous comme nous ne cesserons pas de le faire avec vous.
17.3.-Chers jeunes,
Ouvrez grands vos cœurs à la générosité de l’amour, du service et à l’appel que le Seigneur vous fait pour accomplir divers ministères dans l’Église.
17.4.-Chers amis de saint frère André et de saint Joseph,
« Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps », avons-nous repris comme refrain du Psaume 115.
À vous, chers pèlerins d’aujourd’hui à l’Oratoire comme à nous tous et toutes qui sommes des pèlerins, en marche vers le ciel, notre patrie, que l’eucharistie soit toujours notre source de vie. Et que, par elle, nous soyons sanctifiés pour le grand jour de la Pâque éternelle dans la communion de toute la cour céleste avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Amen.
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