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SAINT JOSEPH FRÈRE ANDRÉ LA CONGRÉGATION DE SAINTE-CROIX

Homélies
Pastorale > Homélies  

 

Date Titre Homéliste
28 décembre 2008 La Sainte Famille - Année B Tiburtius Fernandez
21 décembre 2008 Quatrième dimanche de l'Avent - Année B Tiburtius Fernandez
14 décembre 2008 Troisième dimanche de l'Avent - Année B Tiburtius Fernandez
7 décembre 2008 ''L'arrivée d'une bonne nouvelle'' - 2e dimanche de l'Avent B Bernard Lacroix, c.s.c.
7 décembre 2008 Deuxième dimanche de l'Avent - Année B Tiburtius Fernandez
30 novembre 2008 Office biblique - Lancement du thème pastoral 2009 Jean-Guy Vincent, c.s.c.
30 novembre 2008 1er dimanche de l'Avent B Claudel Petit-Homme, c.s.c.
9 novembre 2008 Homélie du dimanche 9 novembre 2008 Jonas St-Martin, c.s.c.
5 octobre 2008 ''Partage'' -
Homélie prononcée lors de la messe des Associés du frère André
Jonas St-Martin, c.s.c.

  « Homélies pour l’Année A » par Tiburtius Fernandez
    Éditions Carte Blanche, Montréal, 2007.

  « Homélies pour l'année B » par Tiburtius Fernandez
    Éditions Carte Blanche, Montréal, 2008


    Disponible en librairie et à la boutique de l’Oratoire Saint-Joseph
 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


La Sainte Famille - Année B - 28 décembre 2008


[Genèse 15 : 1-6, 21 : 1-3 ;
Psaume 104 (105) : 1-6, 8-9 ; 
Hébreux 11 : 8, 11-12 , 17-19
Luc 2 : 22-40  (Lecture brève : 2 : 22, 39-40)]
 
 
 
Aujourd’hui c’est la fête de la Sainte Famille. C’est la fête de Marie et Joseph avec Jésus, mais Jésus qui est encore tout petit. C’est un petit enfant qui a besoin d’une maman, qui a besoin d’un papa. Depuis Bethléem, qui était très proche de la Ville Sainte, ses parents le portent aujourd’hui jusqu’au Temple de Jérusalem pour la double cérémonie du « rachat » de l’enfant et de la « purification » de la maman (1). Il a déjà été marqué du signe de l’Alliance : la circoncision (Luc 2 : 21 ; Voir Genèse 17 : 12 ; Lévitique 12 : 3) (2).
 
Au temple de Jérusalem, nous voyons la rencontre de trois générations : il y a ce jeune couple, Marie et Joseph ; il y a l’enfant Jésus ; et il y a ces deux personnes âgées, Siméon et Anne. L’enfant est au cœur de cette rencontre. Les deux aînés apportent à Marie et Joseph le témoignage de leur foi : Siméon prend l’enfant dans ses bras comme un grand-père plein d’affection ; l’enfant réjouit le cœur de cette vieille femme Anne qui en parle à tous ceux qu’elle va rencontrer.
 
Dieu se rend présent dans la naissance de tout enfant. Beaucoup de parents ont déjà ressenti cette présence qui a été pour eux une expérience extraordinaire de la foi. Aujourd’hui Joseph et Marie en font une expérience unique. Ils sont émerveillés de ce qu’on dit de l’enfant. Ils sont émerveillés devant la nouveauté et l’espérance dont leur enfant est porteur et dont l’ange leur avait déjà parlé. Ils découvrent que leur enfant est appelé à devenir une lumière pour éclairer les nations païennes et la gloire d’Israël son peuple (Luc 2 : 32).
 
Jésus était l’objet de tous les soins de la part de ses parents. Déjà avant sa naissance ils avaient souffert : pas de place pour eux à l’hôtellerie et être obligés de se réfugier dans une étable pour la naissance. Et après la naissance ils doivent partir se réfugier en Égypte pour protéger l’enfant. Ainsi Jésus apprend que la famille est une école de l’amour, de la communion et de la tendresse. C’est un lieu de gratuité. C’est le lieu où l’on n’est pas appelé à faire de grandes choses, à être des héros, mais c’est un lieu où on est simplement appelé à vivre, et prendre sa place, et c’est tout.
 
La famille est ainsi un foyer au sein duquel nous pouvons avoir un aperçu de l’amour de Dieu qui nous accueille tels que nous sommes et continue de nous aimer obstinément jusqu’à la fin. La famille est l’endroit où nous grognons le plus, et pourtant, c’est le lieu où nous pouvons recevoir le meilleur accueil qui soit dans le monde.
 
Mais l’évangile de ce jour n’est pas à la nostalgie, mais à la fête – on nous dit de Jésus qu’il grandissait en âge et en taille sans doute, mais aussi en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Comme nous le montrera le reste de sa vie, la sagesse ici n’est pas de devenir comme une image, immobile et certifiée conforme, mais d’accéder lentement à la connaissance savoureuse de l’essentiel. On nous dit que « la grâce était sur lui » (Luc 2 : 40).
 
Ses parents Joseph et Marie nous apprennent comment vivre l’âge adulte où l’amour n’est plus cette forme d’enthousiasme qu’on connaît dans la jeunesse mais devient la fidélité : fidélité à porter ses responsabilités familiales, professionnelles et sociales. Aujourd’hui, ils offrent leur enfant au Seigneur, confiants que le Dieu de la vie le bénira. Ils sont loin de se douter à quel point leur démarche est risquée. Ils ne savent pas ce que Dieu attend d’eux ni de leur enfant. L’expression de Luc dans la prophétie de Siméon laisse entendre combien ce fut exigeant : « Ton cœur sera transpercé par une épée » !
 
Très vite viendra l’épée avec la révélation que les enfants ne nous appartiennent pas, qu’ils sont faits pour partir. Déjà Hérode a fait assassiner, par jalousie, les enfants de Rachel qui a refusé d’être consolée parce qu’ils n’étaient plus (Matthieu 2 : 18). Bientôt, Jésus manifestera son indépendance au cours du pèlerinage à Jérusalem ; ses parents le chercheront trois jours, fous d’inquiétude, et quand ils le retrouvent dans le Temple aux affaires de son Père, il leur dira : « Pourquoi m’avez-vous cherché ? » (Luc 2 : 49). Plus tard il y aura la vie publique avec ses épreuves, ses trahisons et finalement la mort sur la Croix. Et nous entendrons le cri, le dernier, celui de l’enfant qu’il sera devenu : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et sa mère, comme le veut l’antique tradition chrétienne de la Pietà, le recevra dans ses bras, abandonné, comme aux premiers jours.
 
Quant à Siméon et Anne, ils figurent la patience et l’attente d’Israël. Condensée sur le visage du vieux Siméon est toute l’attente d’Israël. Son regard devient lumineux, et nous annonce l’espérance. Il était comme le guetteur sur une tour, et voilà que ce qu’il guettait est arrivé, le libérant du poids de son cœur (3). De nos grands-parents nous n’attendons pas moins qu’ils nous donnent des raisons d’espérer. Nous attendons de voir la tendresse de Dieu condensée dans leurs visages en un regard lumineux qui nous annoncera l’espérance. En eux nous avons besoin de retrouver nos racines. Car cela fait vivre de pouvoir s’appuyer sur une lignée d’ancêtres, de pouvoir puiser la force pour aller de l’avant.
 
Ainsi nous fêtons ensemble la Sainte Famille : avec les enfants tels qu’ils sont, peut-être un peu loin de ce que nous aurions souhaité qu’ils deviennent ; avec vous, les parents qui vous battez pour donner le meilleur de vous-mêmes ; avec vous grands-parents dont le témoignage de la durée dans l’amour est si bouleversant pour nous tous. Que la bénédiction de la Sainte Famille descende sur vous et sur toutes les familles de la terre.
 
Amen.
 
 
(1) Dans les cultures du Moyen Orient, tout premier-né était prêtre de sa famille de par sa naissance. Chez les Israélites, cette fonction a été transférée à la tribu de Lévi (Nombres 3 : 12), mais Dieu gardait toujours ses droits sur le premier-né et il fallait donc le racheter au sanctuaire en le présentant au prêtre avec une offrande quelconque (Exode 13 : 15 ; Nombres 18 : 15-16). En plus du rachat du premier-né, il y avait aussi une autre cérémonie à faire : celle de la purification de la mère qui devait avoir lieu quarante jours après la naissance de l’enfant (Lévitique 12 : 3-8). C’est pour la purification de la mère que la Loi exigeait les deux tourterelles (Luc 2 : 24).
 
 
(2) La loi n’exigeait pas qu’on amène tous les enfants premiers-nés à Jérusalem pour la cérémonie du rachat. Mais Joseph et Marie profitent de leur passage à Bethléem pour faire la cérémonie du rachat à la ville sainte. C’est la première visite de Jésus au Temple (Voir Malachie 3 : 1) ! Cette présentation de l’enfant au Temple a dû avoir lieu avant l’arrivée des Mages, car après le départ des Mages, Joseph et Marie n’auraient pas osé aller à Jérusalem où régnait le roi Hérode. D’ailleurs avec le départ des mages ils ont pris le chemin de l’Égypte.
 
(3) Depuis toujours le Nunc Dimittis du vieillard Siméon est incorporé dans la dernière prière du soir de l’Église et on a coutume de le réciter en apportant le viatique : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix… car mes yeux ont enfin vu le Messie tant attendu… » (Luc 2 : 29-32).
 
 
 
Suggestion pour l’Introduction à la messe :
                                                                       
« Ne crains pas Abraham ! Je suis ton bouclier. » Ainsi commence la première lecture et nous allons partir en voyage depuis la promesse faite par Dieu à Abraham de lui donner une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel jusqu’à la parole du vieillard Siméon à Marie et à Joseph : ce petit enfant sera lumière pour tous les peuples gloire de son peuple, Israël. Préparons-nous à célébrer le mystère de notre rédemption en reconnaissant que nous sommes pécheurs.
 
 
Suggestions pour la Prière Universelle :
 
Introduction :
                       
La liturgie de ce jour regorge de dons : le don de la promesse faite à Abraham et le don du Fils de Dieu lui-même à nous tous. Unissons-nous les uns aux autres et, ensemble, présentons à Dieu nos familles et celles du monde entier. Prions ensemble.
 
Conclusion :
                   
Exauce nos prières, Dieu notre Père. En ce jour où nous célébrons la promesse faite à Abraham et son accomplissement dans la Sainte Famille de ton Fils, regarde avec amour toutes les familles de la terre, maintenant et pour les siècles des siècles. – Amen.
 
 

 


Quatrième dimanche de l'Avent - Année B - 28 dimanche 2008


[II Samuel 7 : 1-5,8-12,14,16 ; 
Psaume 88 (89) :  4-5, 27-30 ; 
Romains 16 : 25-27 ;
Luc 1 : 26-38]
 
 
 
Marie ! Le nom que nous pouvons prononcer avec le plus de douceur au monde ! Voici que notre marche vers Noël s’achève et voulez-vous que nous recevions Marie comme une invitée d’honneur, à notre table de l’eucharistie ? Pendant que nous partageons la parole et le pain, demandons-lui de nous donner son témoignage. Un témoignage, vous savez, ça ne se discute pas. Surtout pas le témoignage d’une mère ! On l’accueille, si l’on veut bien, comme nous avons reçu le prophète Isaïe et Jean le Baptiste à notre table les trois dimanches passés. Écoutons ensemble Marie qui nous donne son témoignage.
 
L’évangile nous dit que l’ange Gabriel (1) fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, cette Galilée des nations (Isaïe 9 : 1 ;  I Maccabées 5 : 15 ;  Mathieu 4 : 15), cette terre considérée bien souvent comme impure : il s’y côtoie un tel mélange de populations, qu’on y trouve des gens qui ne respectent pas, semble-t-il, toutes les prescriptions religieuses.
 
Et l’ange arrive dans la maison de Marie à Nazareth. Ce messager céleste avait déjà une longue histoire avec le peuple de l’Alliance, ce qui veut dire que Marie le connaissait donc un peu ! (Voir Daniel 8 : 16 ; 9 : 21 ; Luc 1 : 19 ; Genèse 21 : 17 ; 32 : 23-33 ; Juges 13 : 3 etc.) Dans la Bible, il est déjà venu au secours du prophète Daniel, et, dernièrement il était venu dire à Zacharie que sa femme allait concevoir et donner naissance à Jean-Baptiste. Selon les traditions juives et aussi musulmanes, c’est l’ange Gabriel qui avait annoncé l’arrivée du déluge à Noé ; c’est lui qui avait porté aide à Hagar, la mère d’Ismaël, quand elle se trouvait délaissée et seule dans le désert ; et c’est lui qui avait annoncé à la mère de Samson qu’elle allait avoir un fils. Dans toutes ces annonces le messager venu des cieux a été l’expression du plan de Dieu pour son peuple. Il l’a aidé à voir clair dans des situations embrouillées et saisir la vérité. Il a aussi été celui qui réconforte, qui rend fort. Il a apporté l’espérance. À la mère de Samson et à Zacharie il a été chargé par Dieu de dire qu’il n’y a pas de stérilité définitive, qu’il n’y a pas de situation sans issue.
 
Et l’ange Gabriel est envoyé à une jeune fille, une vierge, appelée Marie. Dans les temps anciens, le prophète Sophonie s’écriait en s’adressant à Jérusalem dans un temps de détresse : « Réjouis-toi, Fille de Sion, le Seigneur est en toi. Ne crains pas, le Seigneur ton Dieu est en ton sein en vaillant Sauveur » (Sophonie 3 :14-17). Quelle joie d’entendre dans l’évangile de l’Annonciation le messager de Dieu reprendre ces paroles prophétiques : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Luc 1 : 28). Oui, elle peut se réjouir car le Seigneur est avec elle pour être avec son peuple. Elle est « comblée de grâce », mais cela signifiera aussi, comme nous le comprendrons plus tard, sa grande participation au plan du salut : « On t’a beaucoup donné, on te demandera beaucoup » (Voir Luc 12 : 48).
 
Et l’ange dit à cette jeune fille des choses inouïes : « Tu vas avoir un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus », c’est-à-dire ‘Dieu Sauve’, et il « sera appelé fils du Très-Haut », et il sera nommé « Fils de Dieu ».
 
C’est d’autant plus incroyable que le statut de la femme, en ce temps là en Palestine, mettait celle-ci complètement à l’écart du sacré. Une femme ne pouvait guère aller dans une synagogue ; elle n’avait pas le droit de toucher aux rouleaux de la Torah, les rouleaux de la Bible ; elle ne pouvait pas entrer à l’intérieur du sanctuaire, là où Dieu était sensé être présent d’une manière particulière ; elle ne pouvait même pas s’adresser à un prêtre et encore moins le toucher, tant on craignait qu’elle ne soit en période de règles et qu’elle ne rende impures toutes les choses saintes (Voir Lévitique 12 : 2 ;  15 : 25, 27).
 
Et bien voilà, c’est à une femme que l’ange de Dieu vient dire ce qui paraît être un blasphème : « Dieu va te couvrir de son ombre! ». Essayons d’imaginer les pensées de Marie ! Voilà qu’un ange vient lui dire le contraire de tout ce qu’elle avait appris. On lui avait dit que Dieu était insaisissable, inconnaissable, qu’on ne pouvait le voir sans mourir, qu’on ne pouvait même pas prononcer son nom et voilà qu’il est dit à cette jeune fille : Dieu pour toi ne sera pas l’insaisissable, pour toi il ne sera pas l’inconnaissable, parce que sa lumière va s’incarner en toi ; pour toi Dieu ne sera pas celui qu’on ne peut pas nommer, puisqu’en toi sera conçu un enfant qui portera le nom de Dieu (2) !
 
Marie se voit confier une lourde responsabilité. Elle est le fruit de l’Alliance que Dieu avait faite avec son peuple, le fruit de l’histoire du peuple choisi. Elle est le temple que Dieu s’est construit à travers cette histoire. Le roi David s’est fait dire que Dieu lui-même lui bâtirait une maison. Si Marie dit « Oui » à l’ange, la promesse faite au roi David pourra se réaliser. Le Fils de Dieu pourra faire irruption dans l’histoire des hommes. Ce sera l’aboutissement des espoirs de l’Ancienne Alliance.
 
La réponse de Marie, nous la connaissons : « Je suis la servante du Seigneur » (Luc 1 : 38). Marie donne son accord à la proposition apportée par l’ange. Comme tout le peuple juif de son temps, Marie aussi rêvait du Messie qui viendra sauver son peuple (3). Maintenant qu’elle comprend que Dieu va s’incarner d’une façon jusque là inconnue, et qu’elle devra jouer un rôle clef dans l’avènement du Messie, elle ose croire que ce qui paraît être impossible sera possible à Dieu (Luc 1 : 37). Alors, elle est prête. Elle est en parfaite harmonie avec la Parole de Dieu. Elle sait que Dieu est créateur, et pas seulement créateur dans le passé, mais créateur sans cesse, et qu’il renouvelle toutes choses en permanence. Marie comprend que le Dieu de l’Alliance est un Dieu vivant et que ses forces de vie peuvent nous saisir. Alors elle accepte cet appel à la vie, rendu possible par cette source jaillissante que nous appelons l’Esprit de Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. » (Luc 1 : 35). Marie est donc prête à prendre les risques : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1 : 38).
 
Autrefois dans le désert, après la sortie d’Égypte, la présence de Dieu était symbolisée par la nuée qui couvrait de son ombre la tente qui abritait l’Arche d’Alliance (Exode 40 : 34 ; Nombres 9 : 18-22). Quand l’Esprit Saint vint sur Marie et que la puissance du Très-Haut la couvrît de son ombre (4), Marie devint la véritable Arche d’Alliance, le lieu de la rencontre entre le ciel et la terre. Plus tard saint Jean nous dira : « Dieu a planté sa tente parmi nous » (Jean 1 : 14).
 
« Et le verbe s’est fait chair » (Jean 1 : 14). La Vierge Marie accueille Dieu dans le mystère des commencements et des recommencements auxquels Dieu avait habitué son peuple. A chaque Noël, ce mystère de l’enfantement se reproduit : Dieu est né et nous avec lui. Les merveilles que fit le Seigneur pour Marie, il les fait aussi pour nous. « Vous avez été engendrés par une semence incorruptible », écrira saint Pierre, « Vous êtes participants de la nature divine. » (Voir I Pierre 1 :23 ; II Pierre 1 :4). Chacun de nous peut vivre, s’il le veut, cette fécondité : porter Dieu en lui pour que Dieu naisse au monde d’aujourd’hui. Comme je voudrais pour le monde entier, pour chacun d’entre vous, que quelque chose puisse naître en cette fête de Noël.
 
Joyeux Noël à tous.       
 
 
(1) « Gabriel » veut dire en  hébreu « Dieu s’est montré fort ».
 
(2) « Jésus » veut dire « Dieu sauve ». « Josué » et « Osée » sont d’autres formes du même mot.
 
(3) Il y a plusieurs légendes qui nous disent comment les jeunes femmes juives du temps de Jésus rêvaient de devenir la mère du Messie, après avoir médité sur les prophéties d’Isaïe.
 
(4) Le mot en grec pour “couvrir de l’ombre », « episkiazon » ne se trouve que deux fois dans le Nouveau Testament : ici à l’annonciation (Luc 1 : 35) et ensuite à la Transfiguration quand la nuée couvrit de son ombre ceux qui étaient sur la montagne (Luc 9 : 34). « L’ombre lumineuse » qui en résultait est la « Chékina » en hébreu, qui désignait d’abord la gloire du Seigneur qui remplissait la tente de la demeure divine dans le désert durant l’Exode (Exode 40 : 34-35) et qui par la suite est arrivée à désigner la présence même de Dieu.
 
 
 
Suggestion pour l’Introduction à la messe :
                                                                       
Un proverbe africain dit que le rang du visiteur révèle la valeur de celui qui reçoit. Nous attendons Celui qui vient nous rendre notre dignité et nous remettre debout. « Que le juste descende du ciel comme la rosée, comme la pluie des nuages ! » (Isaïe 45 : 8) Tournons-nous vers lui et ouvrons nos cœurs à son pardon toujours offert.
 
 
Suggestions pour la Prière Universelle :
 
Introduction :
 
L’ange était venu. Et il est écrit : « L’ange la quitta ». Alors, quand l’ange fut parti, commença l’aventure de l’homme-Dieu, notre aventure ! Demandons à la Vierge Marie de nous aider dans cette aventure. Prions ensemble.
 
Conclusion :
       
L’ange lui avait promis : « Tu seras bénie entre toutes les femmes, et toutes les générations te diront bienheureuse ». Alors, oui, salut, Marie comblée de grâce, le Seigneur est avec toi, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.   – Amen.
 

 


Troisième dimanche de l'Avent - Année B - 14 décembre 2008


[Isaïe 61 : 1-2, 10-11 ;
Luc 1 : 46-48, 49-50, 53-54 ;
I Thessaloniciens 5 : 16-24;
Jean 1: 6-8, 19-28]
 
 
 
En ce temps de l’Avent, l’Église nous invite deux dimanches de suite à tourner nos regards vers cet énigmatique personnage qu’est Jean-Baptiste. Comment s’en étonner si l’on se souvient que Jean Baptiste est le Précurseur qui a préparé le chemin de celui dont la venue que nous ne cessons d’attendre en ces derniers temps. Il est aussi l’homme que Jésus a désigné avec le plus de respect : « En vérité je vous le dis, déclare-t-il au chapitre 11 de Matthieu, de tous ceux nés d’une femme, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste » (Matthieu 11 : 11). Nous sentons que Jésus avait une grande estime pour son cousin le Baptiste ; c’est presque comme si Jésus considérait qu’il avait une dette à son égard (1).
 
Jean-Baptiste surgit à un moment crucial de l’histoire du peuple juif. Voici trois ou quatre siècles que ce peuple n’a pas vu de prophète surgir en son sein, lui qui a été habitué à être secoué, réveillé, encouragé par des Amos, des Osée ou des Jérémie. Il est rentré de sa longue captivité à Babylone (2) mais se trouve dans l’incapacité de faire son unité politique. Un temps ballotté entre les grandes puissances de l’époque comme l’Égypte, la Syrie ou la Grèce, il a fini par se mettre sous la coupe des Romains. Des rois cruels installés par l’occupant imposent leur ordre. Alors le peuple est dans l’attente. Il se met à rêver à l’avènement du temps nouveau et tourne son regard vers la venue du messie royal que les prophètes avaient annoncé. Jean le Baptiste, avec sa voix forte proclamant dans le désert que le Règne de Dieu est pour bientôt, attire et rassemble les foules.
 
« Toute la Judée, toute Jérusalem, venait à lui et se faisait baptiser par lui », disait l’évangile du dimanche dernier (Marc 1 : 5). Cela a dû être tout un spectacle, n’est-ce pas ? Les gens qui n’ont pas connu la guerre ou l’oppression ne peuvent pas s’imaginer le niveau de la joie et de l’espoir que peut susciter l’annonce d’une indépendance.
 
« Qui es-tu ? » C’est la question posée au Baptiste. A cet homme vêtu de poils de chameau et se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, et qui baptise sur les bords du Jourdain invitant à la conversion pour préparer les chemins du Seigneur, les prêtres et les lévites demandent de se situer : « Dis-nous quelque chose : il faudrait que nous ramenions une réponse aux autorités qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » (Voir Jean 1 : 22).
 
Sommé ainsi de se présenter, Jean ne semble pas se faire d’illusion. Il fait appel à un passage de l’Écriture auquel ses interlocuteurs, semble-t-il, n’ont pas pensé : « Je suis la voix qui crie dans le désert ». Il est une voix. Quoi de plus fugitif que le son d’une voix, surtout perdue dans l’immensité d’un désert ? (3). Jean-Baptiste prend sa place dans une histoire qu’il est en train de servir en s’effaçant. En devenant celui qui disparaît. « Je suis », dira Jésus. « Je ne suis pas », répond le Baptiste aux pharisiens et aux savants religieux qui viennent l’interroger. « Je ne suis pas le Christ, je ne suis pas Élie, je ne suis pas le Prophète (Voir Jean 7 : 40). Je suis la voix ! » L’autre Jean, l’évangéliste, ajoute dans son récit qu’il était un témoin, un témoin de la lumière : « Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage » (Jean 1 : 6-8). Il n’était qu’un témoin, mais le témoin clé ! 
 
Lorsque l’atmosphère est agitée et oppressante, un témoin peut faciliter la transformation des mentalités en étant une fenêtre qui ouvre sur une nouvelle perception de la réalité. Le témoin atteste qu’il ne rêve pas sa vie comme si c’était un monde clos. C’était la tâche de Jean-Baptiste. C’est-à-dire qu’il a vu, qu’il a compris, et qu’il est là pour en attester, cela jusqu’à donner son souffle s’il le faut. Comme la lune reflète la lumière du soleil, il se veut reflet de cette lumière qui a façonné le monde, qui est à l’origine de tout et qui donne sens à tout. La Lumière était dans le monde et ces idiots d’hommes ne l’ont pas reconnue. Alors la Lumière a choisi de se manifester d’une façon nouvelle, inouïe.
 
Jean-Baptiste, totalement pauvre, entièrement libre de tout retour sur lui-même, est tout tendu vers cet avenir de Dieu parmi les hommes, vers cet avenir des hommes dans la bouleversante rencontre avec le Christ. Il devient le chaînon qui fait le lien entre ce qui précède et ce qui arrive (4).
 
« Il y a parmi vous quelqu’un que vous ne connaissez pas », dit Jean à ceux qui l’interrogent.  Cette parole du Baptiste n’a rien perdu de son actualité. Même après deux mille ans de christianisme, je crois que nous pouvons révéler par nos « voix » et nos actes, à tous ceux qui nous entourent : « Il se tient parmi vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Frères et sœurs, vous est-il arrivé de devenir conscients qu’au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ?
 
Que nous soit donnée la grâce de le connaître et de faire partie de l’aventure qu’il est venu inaugurer.
 
Amen.
 
 
(1) Jésus va jusqu’à reconnaître la validité du baptême de Jean. Il accusera les prêtres et les anciens de n’avoir pas accueilli son message alors que les publicains et les prostituées y ont trouvé raison de se sentir pardonnés de Dieu. Jésus reprochera ainsi aux chefs d’Israël de ne pas avoir reconnu dans le rite de Jean Baptiste la main du Dieu vivant (Matthieu 21 : 32). Jésus accepte le baptême de Jean comme une marque d’association initiale avec lui, et reconnaît ce baptême comme une étape préparatoire à son propre ministère. Évitons donc de durcir l’opposition entre le baptême de Jean et celui de Jésus, car le Messie n’a pas pour mission d’abolir mais d’accomplir.
 
(2) 598-538 av. J.C.
 
(3) Saints Éphrem et Augustin diront : « Jean est la voix, le Christ est le Verbe ». Notez que Jean introduit son évangile en disant : « Au commencement était le Verbe ; et le Verbe s’est fait chair ». Jésus va appeler Jean, « la lampe » (Jean 5 : 35), mais Jésus lui-même était « la lumière » (Jean 1 : 9 ; 3 : 19 ; 8 : 12 ; 9 : 5).
 
(4) Isaïe et Malachie sont les deux prophètes qui parlent du messager qui viendra préparer le chemin du Seigneur (Malachie 3 : 1 ; Isaïe 40 : 3). Jean-Baptiste montre qu’il est conscient d’être un homme de transition.
 
 
 
Suggestion pour l’introduction à la messe :
 
« Soyez toujours dans la joie ! » C’est l’appel de saint Paul en ce troisième dimanche de l’Avent. Aujourd’hui, la voix de Jean le Baptiste annonce le message d’une grande joie : le Seigneur vient. Sa venue est proche. Préparons-nous à accueillir sa venue. Faisons nôtre la prière de saint Paul : « Que la paix de Dieu nous sanctifie et garde sans reproche notre esprit, notre âme et notre corps » (I Thessaloniciens 5 : 23). Reconnaissons que nous sommes pécheurs.
 
 
Suggestions pour la Prière Universelle :
 
Introduction :
 
Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous disait que le Seigneur vient nous porter la bonne nouvelle, guérir les cœurs brisés, annoncer aux captifs la liberté et une année de bienfaits accordée par le Seigneur. D’un même cœur, adressons nos demandes à Dieu notre Père tandis que nous sommes déjà dans la joie de la venue du Messie. Prions ensemble.
 
Conclusion :
 
Seigneur notre Dieu, exauce nos prières. Comme tu l’as promis par ton prophète Isaïe, enveloppe-nous du manteau de l’innocence, revêts-nous des vêtements du salut et fais germer la justice et la louange devant toutes les nations. Nous te le demandons par ton Fils Jésus dont nous attendons la naissance parmi nous et qui vit et règne dans les siècles des siècles.  -  Amen.
 
 

 


''L'arrivée d'une bonne nouvelle'' - 2e dimanche de l'Avent B


Le 22 novembre dernier, j’ai vu une foule d’adultes amener des bébés et jeunes enfants sur la rue Ste Catherine pour leur montrer l’arrivée d’un personnage important. Tout le monde était excité. Car la venue du père Noël annonce aussi de belles surprises pour le temps des Fêtes.
 
La liturgie de l’Avent nous situe dans la même dynamique, mais à travers l’espace et le temps. Des prophètes de la première Alliance annoncent la venue d’un libérateur. Jean le Baptiste crie à l’urgence de se préparer à l’accueillir. Et l’évangéliste Marc donne un nom à celui que l’on attend, qui vient, qui part et qui reviendra.
 
LES RACINES D’UNE BONNE NOUVELLE
 
Comme les enfants se relient au père Noël sous le mode du merveilleux, de l’imaginaire et du virtuel, nous nous relions à une histoire humaine qui dure depuis 3000 ans. Une histoire qui est sainte par le fait que Dieu laisse des traces dans l’existence d’individus et d’un peuple.
 
Aujourd’hui, dans la première lecture, l’on voit un prophète de la lignée d’Isaïe secouer les juifs qui sont en exil à Babylone. Il leur annonce cette bonne nouvelle que Dieu lui-même, comme un bon berger, va les libérer de leur esclavage, les guider à nouveau à travers le désert. Ils pourront à nouveau retourner à Jérusalem et au Temple pour goûter la présence de Dieu qui « les porte sur son cœur ».
 
LE MESSAGER DE LA BONNE NOUVELLE
 
L’évangéliste Marc nous présente Jean comme le dernier des prophètes. Il parle fort ce cousin de Jésus : il crie, il fulmine. Et, à son époque, il y a de quoi à attendre un sauveur! Le peuple veut se libérer du joug des Romains. Donc, un besoin d’une libération politique. Les petits, les pauvres, les marginaux sont exclus de la synagogue et du Temple, et donc de la vie sociale. Ils sont perçus comme des pécheurs à cause de la rigidité et de la multiplicité des règles de la Tora. Donc, un besoin d’une libération religieuse.
 
 C’est dans l’eau du Jourdain que Jean baptise. Un baptême de purification qui signifie la conversion du cœur et l’accueil du pardon de Dieu. Mais le Baptiste demeure insatisfait. Il pressent la venue de quelqu’un d’autre qui va aller plus loin, qui va changer les cœurs et transformer la société par le feu de l’Esprit. Mais ce messie, ce libérateur exige que l’on se dépouille de soi-même pour le suivre sur sa route à lui. C’est ce que fait Jean au désert. Mais qui est-il, celui qui baptise dans l’Esprit?
 
LA BONNE NOUVELLE, C’EST JÉSUS
 
Marc débute son récit par ces mots : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu ». C’est déjà affirmer que la Bonne Nouvelle, c’est la personne même de Jésus ressuscité. Il est venu, il vient, il viendra. Pourquoi? Pour nous libérer de nos esclavages : égocentrisme, consommation, indifférence devant les dérives de ce monde, recherche de pouvoir, de bien-être de plaisirs superficiels.
 
Elle est pour nous cette parole du prophète : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » Pour aller à la rencontre du Seigneur qui nous cherche pour libérer nos cœurs de ses attaches néfastes, il nous faut emprunter le chemin de Jésus. En prenant la route de la fraternité et du partage, de la réconciliation et de la compassion, du respect de la vie et des personnes, nous sommes certains de rencontrer le Ressuscité. Nous devenons alors Bonne Nouvelle pour le monde.
 
LA BONNE NOUVELLE EN PLÉNITUDE
 
Notre conversion personnelle, familiale, communautaire au Ressuscité demeure un défi quotidien. L’Esprit nous est donné pour relever ce défi. Et l’un des fruits de l’Esprit c’est la patience. Notre objectif est d’aplanir la route à chaque jour pour que l’amour de Dieu gagne du terrain en nous, dans notre famille, dans notre milieu de travail et de loisirs, dans la société québécoise, canadienne et mondiale.
 
Il ne faut pas se fier aux apparences. Elles peuvent être trompeuses. Dieu est toujours à l’œuvre, même lorsque l’on se pense abandonné par lui. L’action de l’Esprit a cette caractéristique d’être invisible, mais très présent dans la conscience et le cœur de chaque être humain.
 
Les premiers chrétiens s’inquiétaient du retour du Christ en gloire. À quand la fin du monde? À quand la plénitude? Dans la deuxième lecture de ce dimanche, la Parole nous dit : Dieu est patient. Il veut que tous aient le temps de se convertir. L’humanité n’a pas fini de mûrir le message de son Sauveur.
 
Il est venu, il reviendra. Et en attendant il vient. Dans cette Eucharistie demandons à l’Esprit du Ressuscité de réchauffer nos cœurs. Que notre communion à Celui qui se donne nous remplisse de la compassion du Père. Ainsi allons-nous bâtir sur le roc « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. »
 
Bernard Lacroix c.s.c.
Le 7 décembre 2008
 

 


Deuxième dimanche de l'Avent - Année B - 7 dimanche 2008
[Isaïe 40 : 1-5, 9-11 ; 
Psaume 84 (85) : 9-14 ;
II Pierre 3 : 8-14 ; 
Marc 1 : 1-8]
 
 
 
« Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu »
 
C’est avec ces mots que saint Marc nous introduit à son évangile. C’est le plus ancien de nos quatre évangiles, celui en compagnie duquel nous allons vivre une grande partie de l’année liturgique qui a débuté dimanche dernier. Onze petits mots en tout, et, vous l’aurez remarqué, il n’y a pas de verbe, on dirait le titre d’une rédaction. Tout écrivain donne un titre à son ouvrage. Marc fait de même. Il nous donne le sujet ou le thème qu’il va développer dans la thèse qu’il propose : « L’évangile concernant Jésus, le Christ, le Fils de Dieu » (Marc 1 : 1) (1).
 
À partir d’aujourd’hui et pendant toute cette année liturgique-B, nous allons suivre cet évangéliste et voir comment il traite son sujet et développe son thème. (Voir aussi Jean 20 : 31).
 
Marc nous dit que c’est une Bonne Nouvelle qu’il va partager avec nous. Donc ce n’est pas une philosophie, ce n’est pas un programme politique, ce n’est pas d’abord un enseignement ou des consignes de vie qu’il va nous donner dans son livre, mais bien une « Bonne Nouvelle » (2).
 
Dans l’histoire d’Israël le peuple avait eu droit à plusieurs bonnes nouvelles. La dernière bonne nouvelle qui est restée gravée dans les mémoires, c’est la fin de l’Exil à Babylone. La première lecture d’Isaïe l’évoque : « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu ! » (Isaïe 40 : 9)
 
Dans son enthousiasme, le prophète salue ainsi ceux qui annoncent la liberté : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne ! » (Isaïe 52 : 7) Autrefois la bonne nouvelle était accompagnée du pardon accordé aux prisonniers. Voilà qu’il est dit à Jérusalem que sa faute est expiée (Isaïe 40 : 2). Dieu a oublié l’idolâtrie de jadis, et cela occasionne la joie du retour.
 
Maintenant, plus de quatre cents ans se sont écoulés depuis que le peuple était revenu de l’Exil. Quatre cents ans depuis qu’ils avaient eu leur dernière bonne nouvelle ! À quelques rares exceptions près, un long silence du prophétisme s’est fait lourdement sentir en Israël. Alors tout le monde était en attente d’une ouverture extraordinaire, vers laquelle était tendue toute l’attente d’Israël : la venue du Messie pour inaugurer le Règne de Dieu.
 
L’évangéliste Marc annonce aujourd’hui la réalisation de ce rêve fou  : voici enfin la Bonne Nouvelle ! Et cette Bonne Nouvelle, c’est l’arrivée quelqu’un au milieu de son peuple : Jésus, le Christ, le Fils de Dieu.
 
L’évangéliste peut alors annoncer au monde, en reprenant les paroles d’Isaïe et en désignant Jean-Baptiste : « Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route. A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » (Marc 1 : 2-3 ;  Isaïe 40 : 3 ; Voir Malachie 3 : 1). Le peuple en esclavage devait construire à travers le désert un « Chemin du Roy » pour les dieux du conquérant, le roi des Perses, et pour sa suite. Isaïe prévoit cette route servant la volonté de Yahvé qui vient libérer son peuple et le mener à la Terre Promise. Au temps de l’Exode, Dieu lui avait ouvert un chemin dans la mer ; maintenant, c’est la route du désert qu’il rend apte à sa libération.
 
Ce travail est confié à Jean le Baptiste. Les gens de Jérusalem et de Judée vont nombreux à sa rencontre, au bord du Jourdain. Ils sont à l’affût de signes d’espérance. Ils viennent chercher auprès de lui un signe que de nouveaux départs dans leur existence sont possibles. Ils viennent se laisser dire que l’essentiel pour eux est encore à venir. Eh bien, Jean leur dit qu’il leur faut se retremper dans les eaux purifiantes du Jourdain, préparer le chemin du Seigneur et aplanir sa route.
 
« Tracez dans les terres arides une route aplanie » (Isaïe 40 : 3). Comprenons qu’il s’agit bien du désert du monde et du désert de notre propre cœur. « Abaissez collines et montagnes, changez les escarpements en plaine » (Isaïe 40 : 4). Tout ce travail auquel invite la Parole de Dieu, est tout d’abord un travail sur soi-même : combler les ravins de la détresse et de l’injustice… raser les collines de la démesure, de l’orgueil, de l’oppression…redresser les passages tortueux de toutes les corruptions… tracer les chemins de pardon et de communion à travers nos montagnes de rancunes et de divisions… à travers nos déserts de solitude et de désolation… travaux de Titan, toujours à reprendre.
 
La semaine dernière, nous avons dit : «  Réveillez-vous ! Le temps d’attendre est arrivé ! ». Aujourd’hui nous comprenons que c’est plus qu’une attente, c’est une espérance au cœur de la vie. 
 
Construire une route, c’est une chose. La technique de l’ingénieur et le travail des ouvriers y suffisent. Préparer un chemin pour quelqu’un, ouvrir la route pour lui, c’est autre chose. Là on s’habille le cœur, on s’habille la vie.
 
Le chemin du Seigneur se prépare. Nous y sommes tous invités. Même ceux-là qui pensent « n’avoir plus rien à attendre », ou qui n’ont plus de force pour le chantier, ont à ouvrir le cœur pour la rencontre de Celui qui vient. Giono a écrit : « J’aimerais, quand il viendra, qu’il me trouve en train de labourer ! ». Il s’approche et nous sommes faits pour la vie éternelle avec lui. 
 
 
(1) « L’Évangile » (« euanggelion » en grec) était, à l’origine, la récompense donnée au coursier qui portait une bonne nouvelle. Plus tard il désigna la nouvelle même qui était apportée. Notez aussi que le mot pour le messager, « angelos » = ange, est tiré de la même racine.
 
(2) « La Bonne Nouvelle » : Dans les plus anciens écrits, ce mot (« euanggelion ») se trouve associé à l’annonce de la victoire durant la guerre, de la naissance ou de l’arrivée à l’âge mûr d’un prince ou de l’accession au trône d’un empereur (Voir, par exemple, l’histoire du Marathon). Les traductions grecques de l’Ancien Testament ont choisi ce mot pour exprimer le mot hébreu « basar » que le prophète Isaïe emploie pour parler de la bonne nouvelle du retour de l’exil à Babylone (Isaïe 52 : 7). Marc, maintenant, applique ce terme à l’arrivée du Christ.
 
Notez aussi qu’aux temps anciens, le roi était considéré comme investi des pouvoirs divins et donc « l’euanggelion » avait une aura sacrée et recevoir cette bonne nouvelle était considéré comme une source de bénédictions divines. L’annonce même de la Bonne Nouvelle était entourée de tout un rituel. C’était d’importance que la nouvelle soit rendue officielle par un messager sonnant de la trompette. Ce personnage était protégé par la loi. Le message qu’il portait impliquait la nouveauté, dans le sens que l’annonce concernait quelque chose dont on n’avait pas encore entendu parler.
 
Cette impression de nouveauté est mise en relief par le choix de vocabulaire que Marc a fait pour le tout premier mot de son évangile : « Commencement ! » (arche en grec). C’est le même mot que celui qui ouvre le premier livre de la Bible, celui de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Genèse 1 : 1 dans la version Septante). C’est pourquoi le premier livre de la Bible s’appelle « Genèse », ce qui veut dire, « Commencement ! ». Le peuple juif aime réciter par cœur les premiers versets de la Genèse en Hébreu et le mot « commencement » comporte un brin de nostalgie pour eux. Car, pour eux, c’est le commencement de la création, qui est aussi le commencement de leur Bible, le commencement du plan de Dieu pour l’humanité et pour le peuple choisi. Notez que l’évangile de Jean débute avec le même mot, mais recule dans l’éternité avant la création du monde : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » (Jean 1 : 1).
 
Maintenant, nous comprenons un peu la raison pour laquelle Marc, au lieu de dire : « L’évangile de Jésus Christ », dit, « Le commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ».
 
Marc écrit dans les années 50-60 de notre ère. Selon la tradition chrétienne, il a rédigé son livre à Rome, à la demande et sur les instructions de l’Apôtre Pierre (Voir I Pierre 5 : 13). Une trentaine d’années seulement s’est écoulée depuis la mort et la résurrection de Jésus. La première phrase de Marc nous fait donc entendre la foi des tout premiers chrétiens. 
 
 
 
Suggestion pour introduction à la messe :
 
Dans nos déserts s’élève la voix de Jean-Baptiste : « Préparez le chemin du Seigneur. Aplanissez sa route ». Tournons-nous vers celui qui vient. Il vient pour nous sauver. Il nous sauvera de nos péchés. Reconnaissons nos torts et demandons-lui pardon.
 
 
Prière Universelle :
 
Introduction :
            
Depuis longtemps Israël a attendu cette heure : l’heure de la libération, de la fin des dominations, de l’inauguration d’une ère nouvelle. Que le Seigneur comble notre attente et nous aide à ouvrir dans nos vies une route pour notre Dieu. Prions ensemble.
 
Conclusion :
        
Seigneur, ouvre nos cœurs par ta grâce pour accueillir la venue de ton Fils. Et nous pourrons, nous aussi, comme Jean Baptiste et comme saint Marc, annoncer ta Bonne Nouvelle ! Nous te le demandons par le même Christ, notre Seigneur.  – Amen.
 
 
 
 
 
 

 


Office biblique - Lancement du thème pastoral 2009 - 30 novembre 2008

Homélie pour le 30 novembre 2008 Office biblique
                                                   Matthieu 7, 21-27



« Cette fois, c’est un portier qui a bâti pour un charpentier. Une maison bâtie sur le roc. »
 
Frères et sœurs dans la foi, chers pèlerins,
 
On vous le disait, il y a un instant, nous sommes entrés, encore une fois, dans une nouvelle année liturgique. De nouveau, nous prenons conscience de l’amour infini de Dieu pour le monde et nous voulons vivre de plus en plus dans cette espérance en étant vigilants, préparant nos cœurs à l’accueillir.
 
Cet Oratoire où vous êtes cet après-midi, et que beaucoup d’entre vous fréquentent régulièrement, est une maison bâtie sur le roc. Physiquement, bien sûr, elle l’est, puisque nous sommes sur le sommet d’une montagne, mais elle l’est aussi sur le plan spirituel, et cela, depuis son origine, il y a 104 ans. Bienheureux frère André l’a voulu ainsi. Sa vie elle-même a été fondée sur le roc de la foi. Il a misé toute sa vie sur la Parole de Dieu, il a été à son écoute, et, avec la grâce de Dieu, il l’a accompli du mieux qu’il a pu. Il ne s’est pas contenté de dire « Seigneur, Seigneur », mais il a fait la volonté de Dieu qui est aux cieux. Nous le savons, il n’a pas été gâté par la vie. De santé fragile, sans instruction, mais rempli d’une grande foi à transporter les montagnes, il est allé jusqu’au bout de ses rêves. Confiant en Dieu et en saint Joseph pour qui il avait un immense amour, investi d’un charisme de guérison, il a rêvé d’un oratoire en l’honneur du charpentier de Nazareth, le père nourricier de Jésus. Ce sanctuaire il l’a voulu face au collège où il demeurait, accomplissant toutes sortes de travaux dont celui de portier. Dans toute cette entreprise où humainement il n’y avait pas grande chance de succès, il s’est constamment tourné vers Dieu lui laissant toute la place.
 
C’est pourquoi, il est allé contre toute logique humaine. Lui le portier, il a bâti un oratoire pour le charpentier. Ainsi, il a vécu ce que saint Paul ne cesse d’affirmer : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose (ou prétend l’être), afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. » Bienheureux frère André a été un homme humble ; il était conscient de ses capacités, mais les rapportait au Seigneur qu’il considérait  comme le Bon Dieu qui s’occupe de nous. Il avait la conviction que Dieu voulait ce sanctuaire pour le charpentier saint Joseph, et il se servait de lui, le portier du Collège Notre-Dame, pour le réaliser.
 
Cependant, il se savait incapable de le faire seul. C’est pourquoi, il s’est entouré de collaborateurs et collaboratrices qui comme lui avait cette même foi et cette confiance. Souvent, il les a invités à prier avec lui et à invoquer Dieu et saint Joseph, surtout au moment où survenaient des obstacles. Et ces obstacles, souvent étaient tout près de lui, dans son entourage. Et souvent, il disait : « Ce n’est pas mon œuvre, c’est l’œuvre de Dieu, je l’ai confié entre ses mains, il en fera ce qu’il voudra. » Le bienheureux y a travaillé jusqu’à la fin de sa longue vie de 91 ans. Il a incarné l’accueil, l’écoute et la compassion, valeurs essentielles de l’Évangile.
 
Cette maison de Dieu sur le roc continue d’être un phare sur la montagne visible de partout et fréquentée par beaucoup de gens originaires de tous les coins du monde. Le frère André continue aujourd’hui son œuvre de bâtisseur et de rassembleur en nous invitant à prier dans l’espérance et dans la confiance. Il nous invite à croire que dans la prière, on parle à Dieu comme on parle à un ami. Il nous invite à être des veilleurs qui se mettent au service des autres et qui ainsi bâtissent la communauté humaine sur des valeurs de justice, de partage et de compassion. En ce début du temps de l’Avent accueillons le message de l’Évangile avec enthousiasme pour que la maison humaine soit bâtie sur les bases solides du roc de la foi.
 
Le frère André nous dit aujourd’hui ce qu’il a maintes fois répété à ses contemporains : Dieu est bon, il n’est pas loin de vous ; chaque fois, dès que vos lèvres murmurent : Notre Père, qui êtes aux cieux, il a l’oreille collée à votre bouche. Je vous invite à prendre le recueil de chants au no 36 : Au frère André… Dieu est proche de vous.


Jean-Guy Vincent, c.s.c. 

 


1er dimanche de l'Avent B - 30 novembre 2008


Frères et sœurs bien aimés,
1.- Ce Dimanche marque le début d’une nouvelle Année du cycle Liturgique triennal dite Année B. Cette appellation d’Année B vient du fait que l’on entame dès aujourd’hui la lecture de l’Évangile selon saint Marc. Elle sera entrecoupée occasionnellement, au fil des Dimanches, par les autres Évangiles et tout particulièrement par celui de saint Jean. Ce Dimanche nous fait entrer pleinement dans "le temps de l'Avent". Ce terme "temps" a un sens très profond. Il exprime une idée de durée. Il s’étend sur quatre Dimanches qui symbolisent une étape dans la réalisation du dessein de Salut voulu par Dieu pour l'humanité tout entière.


2.- Le terme "AVENT" vient du latin :"adventus", avènement, c’est-à-dire, ce que l’on attend. C'est un temps de grâce, de pénitence et de conversion que les chrétiens observent fidèlement pour préparer dignement l'avènement du Seigneur non seulement à NOËL mais aussi dans toute leur vie, dans l’attente de la venue finale du Christ, de son retour glorieux. La couleur liturgique de ce temps est le violet, symbole de la mortification et de la pénitence. Ce "Temps de l’Avent" s’ouvrira sur la réconciliation de Dieu avec son peuple, son pardon et sa miséricorde par l’Incarnation Rédemptrice de son Fils Unique, Jésus-Christ, qui sera célébrée à Noël.
Dans cette dimension, la fête de Noël nous fera vivre l’Incarnation de Dieu par la Solennité de la Nativité de Jésus-Christ, notre Sauveur. Ce mystère de l’incarnation sera pourtant pleinement mis en lumière par les Solennités de Pâques. Pâques est le sommet de l’année liturgique. De cette manière, c’est la fête de Pâques qui nous dévoilera le sens authentique de la solennité de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ dont l’Avent constitue le temps préparatoire. Elle démontrera que l'histoire du salut ne s'arrête pas à la crèche de Bethléem ni à la mort et à la résurrection de Jésus.


3.- Durant le temps de l’AVENT, on omet le Gloria mais on chante l’Alléluia.Les trois premiers dimanches ont un caractère eschatologique, c’est-à-dire, l’attente du retour du Seigneur, le Jour de Dieu dont parle saint Paul dans la deuxième lecture. Le troisième dimanche de l’Avent est appelé «Dimanche Gaudete» ou Dimanche de la joie parce que les chrétiens sont invités à se réjouir du retour glorieux du Seigneur. Au Dimanche Gaudete, le prêtre revêtira certes la chasuble rose. La couronne de l’Avent orné de quatre cierges nous rappellera ce dimanche particulier à l’aide du cierge moulé de la même couleur (rose). Au quatrième Dimanche de l’Avent, la liturgie nous présentera des textes qui nous parleront alors de la naissance du Messie attendu. C'est dans cet esprit que le Catéchisme de l'Église Catholique au numéro 524 nous dit: "En célébrant chaque année la liturgie de l'Avent, l’Église actualise cette attente du Messie : en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l'ardent désir de son second Avènement". — Voilà pourquoi Jésus nous demande tant de veiller, d’être éveillés, d’être vigilants. Notre temps dans son sens littéral a, dans une certaine mesure, son prolongement dans le temps du salut.


4.- Depuis des lustres, et particulièrement en cette époque qui est la nôtre, la Noël semble perdre son sens authentique pour un grand nombre de gens. Elle est synonyme de grande consommation, de débauche, d’extravagance ou de folie. Elle n’est plus chrétienne, dirait-on. On se contente de déposer un petit Jésus à Noël dans la crèche des foyers. Les enfants reçoivent des cadeaux. La famille organise une agape festive. Mais rares sont ceux et celles qui ont l’audace et l’allégresse de faire découvrir à chacun le sens authentique de cette Nativité de Jésus célébrée à tort et à travers.


5.- Pour nous, les baptisés catholiques, l’attente d’un Jésus glorieux constitue un choix incontournable. Ce choix peut être bouleversant parce qu’il engage notre vie, notre personne, notre présent et notre avenir. Il nous oblige à nous convertir le cœur et l’esprit, à rompre avec les habitudes qui orientent moins vers Dieu, à pratiquer la justice selon l’esprit de la première lecture.
Tout au long des dimanches de cette année B, l’évangile de Marc nous invitera à repartir sans cesse notre vie – non pas à zéro - mais dans un nouvel élan spirituel, avec des projets ancrés en Jésus. En ce début de l’Avent de l’année B, la liturgie nous recommande de «veiller» ! «Ce que je vous dis là, dit Jésus, je le dis à tous : veillez ! ». Le temps de l’Avent nous plonge donc dans une perspective eschatologique.


6.- En ce sens, la pastorale de l’Oratoire nous a appelés cette année à la vigilance à travers le thème : Une maison bâtie sur le roc. La symbolique de la Maison constitue le message central de ce thème. Dans la Bible, quand on parle de "maison de Jacob" par exemple, on se réfère au peuple hébreu, à la tribu de la descendance de Jacob.
Il existe un grand nombre de références à cette symbolique de la Maison. Certaines références sont visibles d’autres sont invisibles. L’Oratoire fait partie des références visibles. Elle est une maison de prière érigée selon des lois de la physique. Par contre, notre vie spirituelle fait partie des références invisibles. Elle est une maison qui peut être édifiée sur le Christ, le Roc ; ou bien une maison forgée par les principes humains, c’est-à-dire, les valeurs terrestres, le sable. À l’instar d’une maison concrète et physique, notre vie intérieure peut être érigée sur le Roc ou sur le sable. Bâtir sur le roc est synonyme de vigilance selon l’esprit de l’évangile du jour. Frères et sœurs, réfléchissons-y un instant : Comment construisez-vous ou bâtissez-vous votre vie, votre famille, vos loisirs, vos valeurs ? Comment construisez-vous vos commentaires, vos opinions et vos pensées ?


7.- Bâtir sa maison sur le roc, ce n’est pas simplement construire à la manière du Frère André un Oratoire, une basilique de toute beauté sur le roc du Mont-Royal. Construire votre vie sur le roc, c’est transcender les réalités mouvantes des sociétés sans Dieu. C’est aller au fond de soi-même pour construire sa vie comme le Frère André a construit sa propre vie sur le Christ, le roc éternel.


8.- Jésus parle à ses disciples de ce qu'il appelle «l’imprévisible venue du Fils de l'homme» (Marc 13, 32). L’Évangile du jour (Marc 13, 33 – 37) nous dit ceci : "Prenez garde, veillez… le maître avant de partir a recommandé au portier de veiller. Veillez donc, reprit Jésus, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l'improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! "


C’est un appel ultime à la vigilance dans la prière dans l’attente du Messie, dans cette seconde venue du Christ à la Parousie, c’est-à-dire, la dernière venue du Seigneur, le Jour de Dieu. Veillez avec un regard intérieur purifié par la prière. Veillons dans notre manière de considérer les autres, et surtout les plus démunis en ce temps de l’Avent. Veillons, par exemple, à partager généreusement avec les plus pauvres de chez nous, les homeless ou mieux les sans abris durant cet hiver rigoureux. Une personne atteinte du diabète doit veiller à son alimentation, à ses activités physiques et à ses médications. Veiller a ici le sens de se surveiller, n’est-ce pas ? Soyez des veilleurs, des surveillants les uns pour les autres et veillons sur nous-mêmes !


9.- Un commentateur de ce texte d’Évangile nous dit ceci : «veiller » veut dire « prier » ; non pas prier le Père de réaliser son Royaume lui-même, tout seul, sans nous. Ce n'est pas son projet. Mais prier pour être remplis de son Esprit et désormais regarder le monde, qui est la matière première du Royaume, avec les yeux de Dieu si j'ose dire". (Fin de citation). — La somnolence spirituelle est la tentation qui nous guette le plus dans nos communautés chrétiennes. Pourtant notre mission consiste à veiller constamment sur la maison d’après l’évangile du jour. Nous sommes des coopérateurs et des coopératrices de Dieu malgré nos limites humaines.


10.- Dans le monde contemporain, nous disposons de compagnies engageant des agents de sécurité qui veillent sur nos maisons, nos entreprises surtout la nuit. Mais ne dorment-ils pas assez souvent mieux que leurs employeurs ? - Où donc est passée la vigilance de ces veilleurs ? Nous pourrions aussi considérer les défaillances de certaines de nos institutions gouvernementales en matière de sécurité, des spécialistes entraînés à veiller sur notre bien-être physique et mental dans le domaine médical. Nous intériorisons bien des sentiments de sécurité grâce à nos polices d’assurances, nos épargnes. Mais si notre vie spirituelle n’est pas bâtie sur Jésus le Christ, la pierre angulaire, quelle institution humaine va le faire à notre place ?
Frères et sœurs bien aimés,


11.- Portiers de la maison de Dieu, c’est à nous, veilleurs, d'y entrer et de faire entrer tous les hommes et toutes les femmes de toute race et de toute condition sociale.
En ce temps de l'Avent, tenons-nous devant le Seigneur dans la vigilance active et la prière fervente pour que sa sainte Présence eucharistique nous tienne éveillés. Au cours de cette Eucharistie, demandons à l’Emmanuel de nous accorder sa grâce afin que nous nous sanctifiions davantage pour le recevoir à Noël et à son retour dans la gloire.
Amen !
 
 
Claudel Petit-Homme, c.s.c. 

 


Homélie du 9 dimanche 2008


Ezékiel 47, 1-2.8-9.12
1Colossiens 3, 9-11.16-17
Jean 2, 13-22
 
Frères et sœurs bien-aimés de Dieu, chers pèlerins, en ce jour où l’Église universelle célèbre la dédicace de la basilique du Latran, la première basilique-cathédrale de l’évêque de Rome, la liturgie nous donne de méditer la scène des vendeurs chassés du temple et qui soulève bien des questions. Cette scène est rapportée par les 4 évangélistes. Ce qui nous laisse voir l’importance d’un tel événement dans la vie des différentes communautés de foi.
 
Chez l’évangéliste Marc nous trouvons un aspect particulier : la scène est associée au figuier maudit. Pourquoi l’évangéliste Marc a-t-il pris le soin de nous parler aussi du figuier maudit ? En faisant le lien avec le figuier improductif, Marc montre que le temple de Jérusalem, lieu de rencontre du peuple avec son Dieu, est devenu un lieu où sont accumulés les sacrifices et les offrandes, mais ne conduit plus à la conversion du cœur, la seule qui plaise à Dieu. De maison de prière, le temple est devenu comme nous le dit Jésus, une maison de trafic. Ainsi, dirions-nous, le temple est détourné de sa vocation.
 
Dans l’évangile, Jésus se présente comme nouveau lieu de rencontre avec Dieu et ajoute que le véritable temple, c’est son corps. Tel est bien, en effet, le mystère central de cet épisode. Le corps de Jésus, c’est-à-dire sa personne vivante et bien concrète, est désormais le seul lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes, entre Dieu et ceux qui l’adorent en vérité : « Crois-moi femme, disait Jésus à la samaritaine, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Mais l’heure vient, - et maintenant elle est là – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont en effet, les adorateurs que cherche le Père » (Jean 4, 21.23).
 
Jésus, chemin qui nous conduit vers le Père, l’unique chemin vers la Maison de gloire, est déjà chaque jour la route pour chacun/e et pour toutes. Le culte en esprit et en vérité, c’est d’accueillir Dieu dans notre vie. Il nous attend dans notre vie et nous demande de quitter les vieux temples de nos cultes intéressés et égoïstes, d’entrer dans le jour nouveau qu’il vient inaugurer.
 
A l’occasion de cette fête, il est bon de méditer sur ce que représente pour nous chrétiens, une église, un temple pour reprendre les mots des Écritures. Nous accordons beaucoup d’importance à la construction. C’est beau de dire que nous avons une belle Église ou en venant ici à l’Oratoire Saint-Joseph de dire que c’est beau ici. Mais si solide ou si belle que soit la maison de pierre, la vraie maison de Dieu est celle que l’Esprit Saint continue de bâtir avec les pierres que nous sommes. Et c’est ici que nous avons notre part à fournir. Nous sommes tous et chacun/e le temple de Dieu nous dit saint Paul. « Vous êtes le champ que Dieu cultive, la maison que Dieu construit »1 Co 3, 9. Nous sommes le temple de l’Esprit car Jésus habite en nous par son Esprit. Tout homme est une histoire sacrée. C’est en fait ce que nous dit la chanson. Nous avons du prix aux yeux de Dieu ! Quelle grandeur et quelle dignité pour nous, pauvres créatures, pauvres pécheurs en qui Dieu a établi sa demeure. Dans notre tête, nous savons que nous sommes tous/toutes enfants de Dieu. Mais dans notre cœur, est-ce que nous nous sentons vraiment dignes de cet amour divin ? Croyons-nous vraiment que l’histoire de chaque être humain est une histoire sacrée ? Croyons-nous vraiment à cette vérité ? La parole de Dieu entendue aujourd’hui nous le rappelle de façon nette et claire.
 
Comme disciples du Christ, comme membres de l’Église, nous sommes appelés à être porteurs de vie. Et c’est aujourd’hui que nous sommes chargés de construire l’Église de Dieu, corps du Christ et de conduire à la découverte, à la rencontre du Christ, notre temple véritable. « Il est avec nous, le Seigneur de l’univers » ; il veut être pour toujours dans notre cœur, pour donner à chacun/e sa vie et son bonheur, pour y faire sa demeure, sans jamais nous quitter. Déjà, avec le prophète Ezékiel, le Seigneur affirmait sa volonté de faire germer la vie dans les lieux arides. Ezékiel décrit le temple comme une source, une source qui devient torrent, puis fleuve et descend à la mer morte : « En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner ». Si Dieu intervient ainsi, c’est parce qu’il est Dieu de tendresse et de miséricorde. Il est le Dieu de la vie et des vivants. C’est donc un message d’espérance qui nous rejoint au cœur de nos faiblesses, de nos gâchis, de nos imperfections, de nos mauvaises décisions.
 
Sachons accueillir dans notre vie cette source d’eau vive afin de vivre en plénitude cette vie que le Seigneur nous a donnée au baptême et qu’il continue d’alimenter par la force de l’Esprit. N’allons pas par quatre chemins pour chercher comment nous pouvons être ce temple que Dieu construit. Le Christ nous fait don de son Esprit, manifestons-le dans notre vie de tous les jours, dans nos familles, nos professions, notre vie dans la société. Si nous sommes attentifs à l’autre quel qu’il soit, nous serons un peu de ce temple où l’autre peut venir s’arrêter, être accueilli, se sentir chez lui et s’abreuver comme à une source d’eau vive.


Jonas St-Martin, c.s.c.
 


 


Partage
Is 5, 1-7 ; Phil 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Messe des Associé(e)s du frère André
 
Frères et sœurs associé(e)s du frère André, en ce dimanche, dans la parabole des vignerons chez saint Mathieu, Jésus nous parle de serviteurs qui avaient été envoyés dans la vigne par le maître et qui furent mis à mort par les vignerons. Cette parabole des vignerons homicides est bien connue et se déroule comme un véritable drame. Elle est souvent interprétée comme un jugement sur le peuple juif qui refuse d’accueillir le salut dans la personne de Jésus. On voit le maître du domaine préparer sa vigne et la confier à des vignerons. La situation se gâte au moment de la vendange. Au lieu de respecter le contrat ils s’opposent par la violence et le meurtre. Pourquoi une telle résistance ?
 
Le problème vient de ce que les vignerons croient que la vigne leur appartient, ou qu’en se débarrassant de Dieu, la vigne leur appartiendra. C’est ce qu’Adam et Eve avaient cru, en suivant le conseil du serpent : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » Ça me fait penser à ce jeune homme que j’ai rencontré lors de mes premières années en communauté. En effet, « Il y a quelques années, un jeune homme revenant de l’étranger après des études spécialisées accueillait chez lui son père pour un dîner familial. Le père était tout joyeux de revoir son fils et surtout de rencontrer pour la première fois sa belle-fille et ses deux petits-enfants. Au moment de passer à table, le père dit à son fils : nous allons demander à Dieu de bénir ce repas qui est don de Dieu. Le jeune homme répondit à son père : « c’est moi qu’il faut remercier. Est-ce Dieu qui vous a donné à manger ? C’est moi qui vous ai donné à manger. Dieu n’a rien à voir là-dedans ». Le père était tout surpris et tout triste, il dit à son fils: « Comme tu as changé, mon fils ! Tu es devenu un homme important et tu oublies tout ce que Dieu a fait pour toi depuis ta naissance jusqu’à aujourd’hui. Comme c’est étrange !»
 
C’est là une tentation qui nous guette : croire que tout nous appartient. En réalité, nous ne sommes propriétaires de rien. Nous travaillons pour un autre : Dieu. Le premier élément important de cette histoire de Jésus, c’est que Dieu nous confie sa vigne. Il veut que nous soyons ses partenaires. Comme nous le dit saint Paul, nous devons mettre le Christ au centre de nos vies et de notre prière ; pratiquer la charité, l’attention aux autres et la générosité. Ce que le Seigneur attend de chacun/e de nous c’est agir selon l’Évangile. Il nous a confié une bonne nouvelle dont il faut témoigner. Il a mis sur notre route des frères et des sœurs à aimer afin de porter beaucoup de fruits.
 
L’Évangile a repris comme en écho le poème du prophète Isaïe. Le peuple de Dieu doit porter des fruits dans le monde, il doit transformer ce monde ! C’est notre responsabilité. C’est notre travail, construire la vie, nous mettre au service de la vie. Si le Seigneur fait appel à nous c’est qu’il nous aime et nous fait pleinement confiance. Nous sommes son bien le plus précieux et il tient à chacun/e de nous. C’est à nous de répondre à cette invitation avec tous les talents que nous avons reçus. Ouvrez les yeux, prenez les décisions qui s’imposent. Il y a mille et une façons de répondre à l’appel de Dieu. Je me souviens de cette femme, deux mois après mon arrivée à l’Oratoire, qui me disait : « Oh comme je suis heureuse ! Je suis maintenant associée du frère André. C’est ainsi, dit-elle, que je contribue à la construction du Règne de Dieu. Je trouve ça tellement beau ici ».
 
Cette associée du frère André a trouvé une façon particulière de répondre à l’invitation du Seigneur. Elle a compris ses responsabilités au sein du peuple de Dieu. Comme nous le suggère saint Paul : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela prenez-le à votre compte.» Heureux et heureuses êtes-vous de croire en Dieu et de participer à son projet de salut. Amen.