Matthieu 7, 21-27
« Cette fois, c’est un portier qui a bâti pour un charpentier. Une maison bâtie sur le roc. »
Frères et sœurs dans la foi, chers pèlerins,
On vous le disait, il y a un instant, nous sommes entrés, encore une fois, dans une nouvelle année liturgique. De nouveau, nous prenons conscience de l’amour infini de Dieu pour le monde et nous voulons vivre de plus en plus dans cette espérance en étant vigilants, préparant nos cœurs à l’accueillir.
Cet Oratoire où vous êtes cet après-midi, et que beaucoup d’entre vous fréquentent régulièrement, est une maison bâtie sur le roc. Physiquement, bien sûr, elle l’est, puisque nous sommes sur le sommet d’une montagne, mais elle l’est aussi sur le plan spirituel, et cela, depuis son origine, il y a 104 ans. Bienheureux frère André l’a voulu ainsi. Sa vie elle-même a été fondée sur le roc de la foi. Il a misé toute sa vie sur la Parole de Dieu, il a été à son écoute, et, avec la grâce de Dieu, il l’a accompli du mieux qu’il a pu. Il ne s’est pas contenté de dire « Seigneur, Seigneur », mais il a fait la volonté de Dieu qui est aux cieux. Nous le savons, il n’a pas été gâté par la vie. De santé fragile, sans instruction, mais rempli d’une grande foi à transporter les montagnes, il est allé jusqu’au bout de ses rêves. Confiant en Dieu et en saint Joseph pour qui il avait un immense amour, investi d’un charisme de guérison, il a rêvé d’un oratoire en l’honneur du charpentier de Nazareth, le père nourricier de Jésus. Ce sanctuaire il l’a voulu face au collège où il demeurait, accomplissant toutes sortes de travaux dont celui de portier. Dans toute cette entreprise où humainement il n’y avait pas grande chance de succès, il s’est constamment tourné vers Dieu lui laissant toute la place.
C’est pourquoi, il est allé contre toute logique humaine. Lui le portier, il a bâti un oratoire pour le charpentier. Ainsi, il a vécu ce que saint Paul ne cesse d’affirmer : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose (ou prétend l’être), afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. » Bienheureux frère André a été un homme humble ; il était conscient de ses capacités, mais les rapportait au Seigneur qu’il considérait comme le Bon Dieu qui s’occupe de nous. Il avait la conviction que Dieu voulait ce sanctuaire pour le charpentier saint Joseph, et il se servait de lui, le portier du Collège Notre-Dame, pour le réaliser.
Cependant, il se savait incapable de le faire seul. C’est pourquoi, il s’est entouré de collaborateurs et collaboratrices qui comme lui avait cette même foi et cette confiance. Souvent, il les a invités à prier avec lui et à invoquer Dieu et saint Joseph, surtout au moment où survenaient des obstacles. Et ces obstacles, souvent étaient tout près de lui, dans son entourage. Et souvent, il disait : « Ce n’est pas mon œuvre, c’est l’œuvre de Dieu, je l’ai confié entre ses mains, il en fera ce qu’il voudra. » Le bienheureux y a travaillé jusqu’à la fin de sa longue vie de 91 ans. Il a incarné l’accueil, l’écoute et la compassion, valeurs essentielles de l’Évangile.
Cette maison de Dieu sur le roc continue d’être un phare sur la montagne visible de partout et fréquentée par beaucoup de gens originaires de tous les coins du monde. Le frère André continue aujourd’hui son œuvre de bâtisseur et de rassembleur en nous invitant à prier dans l’espérance et dans la confiance. Il nous invite à croire que dans la prière, on parle à Dieu comme on parle à un ami. Il nous invite à être des veilleurs qui se mettent au service des autres et qui ainsi bâtissent la communauté humaine sur des valeurs de justice, de partage et de compassion. En ce début du temps de l’Avent accueillons le message de l’Évangile avec enthousiasme pour que la maison humaine soit bâtie sur les bases solides du roc de la foi.
Le frère André nous dit aujourd’hui ce qu’il a maintes fois répété à ses contemporains : Dieu est bon, il n’est pas loin de vous ; chaque fois, dès que vos lèvres murmurent : Notre Père, qui êtes aux cieux, il a l’oreille collée à votre bouche. Je vous invite à prendre le recueil de chants au no 36 : Au frère André… Dieu est proche de vous.
Jean-Guy Vincent, c.s.c. Vice-recteur à la pastoral, c.s.c.
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