Une chapelle ardente pour le frère André
Le frère André est décédé il y a 79 ans, au matin du 6 janvier 1937. Sa mort a profondément marqué l’histoire, notamment par l’affluence spectaculaire de gens venus lui rendre un dernier hommage. Pour accueillir les pèlerins endeuillés, une chapelle ardente de 5 jours s’est avérée nécessaire.

Album du frère Denis Leblanc, c.s.c., janvier 1937. Archives OSJ, 12-24
Une forme d’au revoir
La pratique de la chapelle ardente est ancienne et attestée depuis le 15e siècle. La « chapelle » peut être n’importe quel lieu aménagé de façon temporaire pour accueillir un mort. On garde le corps dans ce lieu, habituellement le cercueil ouvert, pour que les membres de sa famille, des amis, des voisins puissent le veiller.
L’expression « ardente » vient du grand nombre de cierges allumés et nécessaires afin de bien éclairer le corps du défunt. On peut bien s’imaginer qu’avant l’apparition de l’électricité, concentrer en un seul lieu autant de lumière pouvait impressionner grandement les esprits.
Une foule impressionnante
La nouvelle du décès de frère André aux petites heures du matin du 6 janvier s’est répandue à toute vitesse. Rapidement, on a profité du calme relatif pour mouler un masque mortuaire et procéder à l’exérèse du cœur. Dès le matin, l’hôpital de Saint-Laurent, où frère André avait été admis quelques jours plus tôt, a été pris d’assaut par une foule de gens qui ont défilé silencieusement dans la chambre du défunt. La dépouille a été déplacée seulement en fin de journée, prenant la direction de la crypte de l’Oratoire. Plusieurs centaines de personnes se trouvaient déjà sur place. (1)

Pèlerins faisant la file devant la porte de la crypte. Janvier 1937. Photographe non identifié. Archives OSJ, 12-5.
Entre le 7 et le 13 janvier, des centaines de milliers de gens, de toutes conditions et provenance, ont circulé devant le cercueil de frère André. On voulait toucher à ses mains, à ses pieds ; on essayait de poser une médaille, un chapelet ou un crucifix sur son corps. Mais personne ne pouvait s’arrêter devant la dépouille :
« Ils ne peuvent rester longtemps auprès de lui, car des milliers d’autres attendent leur tour. Un regard, une courte prière, une supplication, et c’est tout. Il faut s’en aller, il faut suivre flot mouvant, image de la vie, image de la mort… » (2)
Des journaux des quatre coins du Québec comme La Patrie, Le Soleil, La Tribune et Le Nouvelliste ont rapporté les foules immenses qui se pressaient à la chapelle ardente et toutes leurs difficultés à se rendre à la crypte. La température était particulièrement exécrable, pluie glacée, vents incessants, gels. On a beaucoup écrit que les chemins étaient impraticables. Malgré cela, La Patrie titrait au premier jour de la chapelle ardente que « selon les estimations » plus d’un million de personnes allaient défiler devant le frère André en deux jours. (3)

Album du frère Denis Leblanc, c.s.c., janvier 1937. Archives OSJ, 12-24
Le 9 janvier, la dépouille de frère André était conduite à la basilique-cathédrale Saint-Jacques, connue depuis 1955 sous le nom de « Marie-Reine-du-Monde ». Mgr Georges Gauthier, archevêque coadjuteur, y célébra une première messe solennelle pour le défunt. Le corps fut ensuite ramené au Collège Notre-Dame où s’étaient regroupés pour une dernière fois celles et ceux qui l’ont connu : ses confrères, les professeurs et les Sœurs de la Sainte-Famille, les élèves… En début de soirée, le corbillard remontait vers la crypte et le frère André était exposé aux foules pour encore trois jours.

Album du frère Denis Leblanc, c.s.c., janvier 1937. Archives OSJ, 12-24
Des confrères témoignent
Plusieurs confrères ont écrit des textes en l’honneur de frère André dans les Annales de Saint-Joseph au cours des semaines qui ont suivi son décès.
Le frère Placide Vermandere, c.s.c., a été un témoin privilégié des événements qui se sont déroulés à la chapelle ardente. Il a rédigé deux articles publiés en mars et avril 1937.
Le père Henri-Paul Bergeron, c.s.c., premier biographe de la vie du frère André, a publié des textes sur le souvenir de frère André parmi les fidèles de l’Oratoire, sa confiance et sa charité.
Un grand ami qui a bien connu le frère André, le père Émile Deguire, c.s.c., a proposé aux lecteurs un texte sur son humilité.
Enfin, le frère Daniel Leblanc, c.s.c., un jeune religieux de Sainte-Croix de 25 ans, a croqué sur le vif une douzaine de photographies des pèlerins présents sur place entre le 7 et le 13 janvier. Endossant la position du photojournaliste, le frère Daniel a ajouté à ses clichés quelques remarques sur la patience des pèlerins devant la queue interminable, la mésaventure d’un médecin et de son automobile et, bien sûr, la température.

Album du frère Denis Leblanc, c.s.c., janvier 1937. Archives OSJ, 12-24
(1) L’exérèse est l’opération qui vise à retirer le cœur du corps afin de le conserver. Frère Placide, c.s.c.. « Le triomphe », Annales de Saint-Joseph, mars 1937, p.103
(2) Idem, frère Placide, c.s.c., p.105
(3) La Patrie, 7 janvier 1937, Collections de BAnQ. Consulté le 8 janvier 2026. DOI : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4325294






