Une nuit pour saint Joseph
Saviez-vous qu’il y a déjà eu des messes pour la veille de la fête de saint Joseph en pleine nuit ? Pour l’occasion, l’Oratoire était littéralement ouvert jour et nuit. Avis aux insomniaques.
Un pèlerinage pour les lève-tôt
Nous lisons dans les Annales de Saint-Joseph de mai 1939 un compte-rendu de la neuvaine à saint Joseph. À cette époque, on nommait les trois derniers jours de la neuvaine « Triduum ». Habituellement, durant ces derniers jours, les pèlerins y étaient plus nombreux et les prédicateurs célébraient plusieurs messes par jour.
Au dernier jour du triduum de 1939, la revue rapporte que « 15 000 pèlerins ont envahi la crypte du Mont-Royal, pendant la nuit de samedi à dimanche et pendant toute la journée qui suivie. » (1). Voilà qui est étrange : « pendant » la nuit.

La foute se presse dans la crypte à l’occasion de la neuvaine à saint Joseph. Le recteur Émile Deguire, c.s.c., est bien visible à droite. Vers 1950. Photographe non identifié. Archives OSJ, 045-14.
En remontant un peu dans le temps nous découvrons que l’année précédente, soit mars 1938, des pèlerins sont arrivés à pied à la crypte à 5h du matin (2). Est-ce à dire qu’en 1939 des pèlerins sont arrivés en pleine nuit, avant 5h du matin ?
Des messes toute la nuit
Notre revisitons alors le compte-rendu de la neuvaine de mars de 1940. Cette année-là, l’auteur de l’article indique « que la crypte reste ouverte pendant la nuit pour recevoir ceux qui viennent de loin », comme les employés de la brigade d’incendie de Montréal, partis à pied du nord de la ville et qui arrivent à 5h du matin. (3)
La même chose se reproduit pour la veillée de l’année 1941. Il semble même que la nuit ait été particulièrement occupée, voir éprouvante ! Dans un style coloré, le père Alfred Laplante, c.s.c. écrit :
« De 20h15 à minuit, pas une place de libre ! Des rangs serrés, dignitaires et civils, patrons et ouvriers, riches et pauvres, dans un même élan de piété chantent, prient. Ces groupes venant de partout montent, montent toujours. Des appels téléphoniques avertissent que les pèlerinages organisés sont considérables et sur le point de partir [pour rejoindre l’Oratoire] ».
Le premier contingent de pèlerins de cette veillée quitte le centre-ville et arrive à minuit et demi : 1 000 hommes. Vers 2 heures du matin, 2 000 hommes montent les escaliers, menés par un grand ami de frère André, M. Paul Corbeil.
On se plaint surtout que la basilique ne soit pas encore terminée pour accueillir les foules : « Nous n’avons jamais autant soupiré après la basilique que cette nuit-là. Saint Joseph a constaté plus que jamais qu’elle était absolument nécessaire. Permettra-t-il qu’elle soit achevée l’an prochain ? ». (4)

La nuit, des pèlerins empruntent l’escalier central pour se rendre à la crypte. La basilique est encore en construction. Vers 1940. Photographe non identifié. Archives OSJ, 235-1.
Les comptes-rendus rapportent des veillées où les messes sont célébrées sans interruption à partir de la soirée du 18 mars jusqu’au matin du 19. Par exemple, à la veillée de 1943, les messes ont lieu sans arrêt de minuit et demi jusqu’à la messe pontificale de 10h le matin. On compte même deux messes à l’heure à l’aube, soit 6h, 6h30, 7h, 7h30, 8h et 8h30.
Des chiffres impressionnants
Certains reportages racontent des nombres impressionnants de communions distribuées : on avance le chiffre de 30 000 pour la veillée de 1941 et près de 18 000 pour les messes de nuit de 1945.
À chaque année ou presque les articles rapportent également, non sans une certaine émotion, l’importante masse de pèlerins qui demandent la confession pendant cette nuit particulière. Ainsi en 1942 :
« Les confessionnaux, où se succédèrent une quarantaine de prêtres, ne pouvaient plus suffire : [on dirigea les demandes de confession] au monastère, au parloir, dans les chapelles privées, les corridors et même sur les terrasses ». (5)
On est aussi ébahis devant le nombre de chorales qui se succèdent l’une après l’autre. La neuvaine de 1945 semble avoir été particulièrement faste : 23 chorales viennent chanter aux messes pour saint Joseph mais pas dans une seule nuit.

Au fond de la crypte, au jubé de l’orgue, une chorale chante pour les pèlerins rassemblés dans la crypte. Vers 1950. Photographe non identifié. Archives OSJ, 045-15.
La veillée de la fête de saint Joseph semble prendre fin abruptement au début des années 1950. Mais on célèbre encore de nuit lors du pèlerinage du Nouvel An ainsi que lors de messes pour la Neuvaine d’août consacrée à frère André.

Le supérieur général de la Congrégation de Sainte-Croix, le père Christopher O’Toole, c.s.c., préside une messe de minuit pour une Neuvaine à frère André, le 8 août 1954. Photographe non identifié. Archives OSJ, 211.221-7.
Les veillées de prières à saint Joseph nous rappellent la dévotion de l’adoration nocturne devant le Saint-Sacrement. Il y a une ressemblance évidente, mais les recherches ne nous ont pas permis d’établir un parallèle clair avec la dévotion à saint Joseph. Il faudra aussi élucider pourquoi et comment cette pratique des veillées de la fête de saint Joseph est apparue à l’Oratoire. Il y a encore tant à découvrir !
Sources
- Annales de Saint-Joseph, mai 1939, p.139-138
- Annales de Saint-Joseph, mai 1938, p.158
- Annales de Saint-Joseph, mai 1940, p.151
- Alfred Laplante, c.s.c. « La fête de saint Joseph » dans Annales de Saint-Joseph, mai 1941, p.162
- Annales de Saint-Joseph, mai 1942, p. 163





