Recevoir la foule sur la montagne
L’attirance des pèlerins et des curieux envers l’Oratoire remonte à ses tout débuts. Et rapidement, il fallut se préparer à accueillir tout ce beau monde.
Un chemin, un belvédère… une chapelle
En 1896, le Collège de Notre-Dame se porte acquéreur d’un vaste terrain à flanc de montagne qu’il convoitait depuis longtemps. Situé devant le collège, c’est un magnifique « espace vert » où les élèves et leurs professeurs prennent plaisir à monter un chemin surnommé « Boulevard Saint-Joseph ».

Le Collège de Notre-Dame tel qu’on pouvait le voir à partir de la montagne. Vers 1904. Photographe non identifié. Archives OSJ, 105-2b
Tous savent que le frère André rêve d’y élever une chapelle à saint Joseph, mais les autorités du collège ne sont pas d’accord. Puis, voilà que le frère André et le supérieur du collège, le père Benjamin Lecavalier, se retrouvent pensionnaires en même temps à l’infirmerie. On suppose bien que saint Joseph a dû occuper une bonne part de leurs conversations. Le père Lecavalier se laisse convaincre et autorise la construction d’une chapelle, mais aux frais de frère André. Il lui donne la permission de garder l’argent reçu de la coupe de cheveux des élèves et de réquisitionner les services du frère Abundius, charpentier du collège, pour diriger la construction. Le 19 octobre 1904, la chapelle est inaugurée. [1]

Portrait du père Benjamin Lecavalier, c.s.c., avant 1899 [?] Photographe non identifié. Archives OSJ.
Un secrétaire audacieux
Les pèlerins sont nombreux et bien vite on voit s’organiser des pèlerinages. Pour le frère André et ses collaborateurs, il faut déjà penser à agrandir. À l’automne 1908, une rallonge provisoire est construite pour protéger les pèlerins des intempéries. Une bonne partie de cette rallonge est transformée et intégrée à la nef de la chapelle dès novembre de cette même année.
Derrière cette transformation se trouve le « Comité de l’Oratoire Saint-Joseph », une association de laïcs dont le but est de permettre le développement matériel du sanctuaire. [2] On compte parmi ses membres M. J. Aimé Renaud, de Montréal, qui siège à titre de secrétaire. On ne sait à peu près rien de cet homme, sinon qu’il était le neveu d’un ami intime de frère André, M. Jules-Aimé Maucotel.
En février 1909, M. Renaud soumet au comité un plan pour la construction, à l’est de la chapelle, d’un bâtiment pouvant accueillir un restaurant, une boutique d’objets de piété et une salle d’attente et de repos pour les pèlerins. M. Renaud s’engage à payer toutes les dépenses : matériel, main-d’œuvre, etc., en échange d’un privilège exclusif sur les ventes des objets du restaurant jusqu’au remboursement de ses dépenses. [3] Le kiosque est construit en moins de deux mois mais sans restaurant. On ajoute une petite chambre entre la boutique et la salle d’attente pour y loger le frère André.

Cette carte postale montre la chapelle et le kiosque de M. Renaud. Photographe non identifié. Archives OSJ, CP29-1

Les terrains de l’Oratoire en 1909. À l’avant-plan, un tramway passe devant la gare. À l’arrière, à droite sur la photo, on distingue le kiosque et la chapelle agrandie. Photographe non identifié. Archives OSJ, 29-1b
Renaud fait installer un présentoir en verre pour mettre les objets de piété « que les pèlerins désiraient se procurer en souvenir de leur visite » [4]. Fort de cette réussite, il projette l’installation d’une statue de la Vierge au centre d’un espace recouvert de gazon. Cette « Madone du parterre » fut accueillie et bénie le 21 août 1909 par un membre important de la Congrégation de Sainte-Croix : Mgr Linneborn, évêque missionnaire au Bengale [5]. À peu près à la même période, J. Aimé Renaud doit se retirer du comité pour des raisons de santé.

La chapelle et la statue de la Sainte Vierge, 1909. On aperçoit le toit du kiosque de M. Renaud et, à l’extrême droite, une cloche montée sur un support. Photographe non identifié. Archives OSJ, 29-4
Un pavillon pour les pèlerins
Lorsque le frère André est nommé gardien de l’Oratoire en juillet 1909, c’est à M. Joseph Savage qu’on confie la direction du kiosque. M. Savage et ses fils auront aussi la permission de dormir au sanctuaire afin d’assurer la sécurité de nuit.
Au mois d’août 1911, le restaurant prévu dans le plan de M. Renaud est enfin construit. D’allure plutôt imposante avec ses trois étages, le restaurant est un édifice carré de 25 pieds par 25 pieds annexé au kiosque. Les cuisines sont au rez-de-jardin et la salle à manger au premier étage. Quatre chambres sont aménagées au deuxième pour M. Savage et sa famille qui y habitent à partir du 5 octobre. Toute la famille sera impliquée dans la vie de l’Oratoire. En 1958, un des fils Savage témoigne de la vie à cette époque à l’Oratoire :
Nous autres, on a commencé à connaître le frère André, parce que mon père travaillait pour lui à la petite chapelle, et puis ensuite au magasin d’objets de piété. Ça faisait déjà une secousse, je n’étais pas vieux. Le frère André venait causer au monde, alentour du comptoir. On avait la permission de tenir un restaurant. C’est ma mère qui le tenait. [6]

Le restaurant et le kiosque d’objets de piété. C’est dans celui-ci qu’on trouve la chambre du gardien et la salle d’attente pour les pèlerins. Vers 1912. Photographe non identifié. Archives OSJ, 171-2
Le premier restaurant de l’Oratoire n’existe que quatre ans. Il est démoli vers 1915 pour faire place à l’église de la crypte.
Notes de bas de page :
[1] Denise Robillard. Les merveilles de l’Oratoire, 2005, pages 37-38
[2] Ibid., p. 43
[3] Ibid., p. 47
[4] Annales de Saint-Joseph, novembre 1912, p. 328
[5] Cette région correspond actuellement au Bangladesh-oriental (Pakistan) et à la région du Bengale-occidental (Inde).
[6] Témoignage de Joseph Savage, fils, au chanoine Étienne Catta. Le frère André 1845-1937, 1965, p. 279



